épisode 16 : ça réfléchit #Landscaping

L’expérience préalable au CoTEAC mise en place par l’iddac, la Drac et la Communauté de Communes de Montesquieu (expérience que je relate ici depuis le début) permet de faire travailler ensemble sur un projet commun des professionnels de différentes communes, se connaissant et parfois réunis, des artistes, des élus…

Le projet #Tourbuslandscaping du Bruit du Frigo a besoin du soutien des responsables des Services Jeunesse. Ils vont pouvoir faire le lien avec les adolescents et aider à la logistique.
Juliette et Gwenaëlle du Bruit du Frigo ont prévu une journée pour les rencontrer.

Un premier temps est organisé le matin du 25 janvier avec la zone 1 (la CdC a été découpée en deux zones) : Fabien Tartas, responsable Jeunesse à Saint-Médard d’Eyrans et qui reçoit tout le monde, Christophe Léon responsable jeunesse de Beautiran, Jérôme de Miranda responsable Enfance-jeunesse de Ayguemortes les Graves, Jacques Gaillard responsable du pôle Enfance Jeunesse de Léognan. Il ne manque que Castres.
Gwenaëlle re-explique le principe du #Tourbus Landscaping et les thèmes abordés : le déplacement des jeunes 15-18 ans et les paysages traversés. Est-ce qu’ils les remarquent ? Est-ce qu’ils en profitent ?

Landscaping = Aménagement paysager

Le Bruit du Frigo a l’habitude de poser un diagnostic à partir des échanges avec les habitants d’un territoire, et d’imaginer avec les gens rencontrés – ici des adolescents de la Communauté de Communes – des façons de s’approprier et d’améliorer leur espace public.
La difficulté – reconnue par tout le monde dès le départ – est : Comment et où établir le contact avec les adolescents ?

Plusieurs pistes sont choisies par Le bruit du frigo.

– De nombreux jeunes vont dans des lycées hors de la Communauté de communes : leur trajet scolaire s’effectue en bus. Quatre rendez-vous sont prévus au départ des lycées. Le bus ouvrira ses portes sur un espace customisé, et dans un temps très court, pour surprendre les lycéens, leur proposer de répondre à un questionnaire de façon décalée et ludique, leur présenter les ateliers d’urbanisme utopique, récolter des titres de morceaux de musique et évoquer la fête finale.
– Seront conviés également aux ateliers d’urbanisme utopique de plus jeunes adolescents (collégiens) : les responsables des services Jeunesse sont indispensables pour informer, faire le lien et accompagner les adolescents aux ateliers.

Gwenaëlle présente le kit du Tourbus : le questionnaire, le principe des réponses avec les raquettes, l’effet de surprise.
Les retours sur la séance test ont permis quelques améliorations mais surtout, ils ont validé le fait que le ton et le rythme fonctionnent auprès des adolescents.
Les ateliers d’urbanisme utopique se dérouleront en deux temps :
– Atelier BlindTest : une première approche pour déterminer les lieux que fréquentent les jeunes sur le territoire de la communauté de communes.
– Atelier mobile : aller avec eux sur les lieux identifiés et réfléchir à comment les améliorer.

C’est maintenant le moment de trouver des dates communes, possibles, en écartant les vacances scolaires du futur planning.
Pour le lieu de l’Atelier Blindtest, petite bataille pour rire entre les responsables (qui se connaissent bien)

T’as vu ton Point Jeunes ?
Oui, mais nous on a un lac et un espace culturel.
Oh, ça va, en ce moment, vu la pluie qui tombe, on a tous un lac !

Travailler en commun et en mobilité implique une organisation faite de détails techniques, par exemple les adolescents d’une commune ne montent pas dans le minibus d’une autre commune pour des raisons légales, ou seulement avec des autorisations, et toutes les communes ne disposent pas d’un minibus.
Les espaces Jeunesse accueillent des tranches d’âge différentes, ce sont de plus en plus des pré-adolescents, et les responsables servent aussi d’accompagnateurs.

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L’après-midi, avec les services Jeunesse de la zone 2, la réunion se déroule au Pôle Moontesquieu dans les bureaux de la CdC.  Sont présents les responsables de La Brède, Saint-Morillon, Saint-Selve, Cabanac…
Gwenaëlle reprend pour eux les grands principes du #Tourbus  : le diagnostic (non quantitatif non exhaustif), les ateliers, la restitution. Les lycéens – de fait considérés comme un public fuyant –, comment faire pour les atteindre ? Le Bruit du Frigo va essayer.
Enthousiasme et questionnements de la part des différents responsables, notamment sur cette formulation « faire ensemble » appelée des vœux de tous mais complexe. 
L’équipe du Bruit du Frigo précise : Nous présentons nos désirs pour mener notre projet avec la collaboration des Services Jeunesse, d’où ces échanges.
Les questions, le plus souvent, sont d’ordre technique. Le sens a l’air admis de tous…
En effet, accord général sur l’intérêt du commun. Cependant, il y a une nécessité d’explication à chacun, à chaque étape, et de bien établir – coordonner – les liens et les missions des uns et des autres.
La date du deuxième atelier sera bientôt fixée.

Le tourbus Landscaping va démarrer : RDV sur le parking du Lycée de Gradignan le jeudi dans le bus de la ligne 30 jeudi 1er février.

Pendant ce temps, la deuxième résidence de la Cie du Chat perplexe a commencé : la Grande Estafette se déroule du mardi 23 janvier au samedi 27 janvier.
À lire ici : l’épisode 17.

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épisode 11 : chemin oublié

Je retrouve une partie de l’équipe du Chat perplexe dans une classe de CE2, de l’école primaire de Saint-d’Eyrans.
La maîtresse fait l’appel pour la cantine. Un à un, les élèves répondent : Je mange, Je mange pas, Je mange, Je mange, Je mange pas…
Remontent avec cette litanie mes propres souvenirs.

Présentation aux enfants, façon mystère, de deux ateliers possibles.
Atelier peinture : avec Morgane et Lucie, sur le thème Il paraît qu’un animal en voie d’apparition est dans l’école… Ce sera l’Atelier Dessinons un CoTEAC.
Gabriel, lui, écrit au tableau IMAGE – MAGIE. C’est l’Atelier d’écriture.
Comme Morgane filme, des autorisations sont signées par les parents. Les enfants posent des questions sur le droit à l’image. De nouvelles explications – la maîtresse l’a déjà fait – s’avèrent pourtant nécessaires : certains ont vent de rumeurs, « Il paraît que si on est filmé, on peut se faire cambrioler… »
L’autre question qui les occupe : « Est-ce qu’on va passer à la télé ? »

Je choisis de suivre l’Atelier d’écriture poétique, avec Gabriel.
Il demande au groupe de prendre stylo préféré et grandes feuilles blanches. Nous allons dans la petite salle lecture, à côté de la classe.
Gabriel – qui s’occupe en plus de sa participation à la troupe du Chat perplexe de la direction Artistique de la Maison des Écritures et des Écritures Transmédia à Clermont-Ferrand – a mis au point plusieurs méthodologies d’ateliers d’écriture, suivant l’âge et le temps imparti. Ici, il commencera par une séance de relaxation, il leur dit ce qui va avoir lieu et pourquoi se relaxer.

« Nous allons faire l’expérience de l’écriture. »

Les enfants, réactifs, (il est 9h du matin) posent des questions, et s’entame une discussion sur les mots créer et inventer. Gabriel leur explique pourquoi il les aide à se détendre avant d’écrire. « Pour imaginer, il faut un espace vide » 

On va se détendre…
Marchez, sans parler, marchez, et puis installez-vous à l’endroit que vous aimez bien dans la pièce, n’importe où, un endroit qui vous plaît.
Vous êtes assis, vous fermez les yeux, et vous regardez un cinéma à l’intérieur de vous, chaque mot compte. …
Les enfants marchent, au rythme doux et hypnotique de la voix de Gabriel, puis ils cherchent leur place dans l’espace de la bibliothèque. Ils sont de plus en plus calmes, et la plupart d’entre eux a l’air de se mettre en condition.
Gabriel leur donne deux mots : chemin – oublié. Il les incite à cette promenade mentale sur ce chemin oublié, comment il est, ce qu’ils y voient, de très près, de très loin…

Les enfants s’essaient au travail du poète : faire venir les images à soi, à l’intérieur.

Cet état de concentration que vous avez atteint est précieux. C‘est un beau travail la création d’une image…

Puis, Gabriel leur demande trois mots pour décrire ce chemin que leur imagination a fabriqué. Les feuilles blanches sont posées devant eux, ils ouvrent les yeux et écrivent trois mots.
Un petit garçon installé sous le lavabo inscrit Je l’ai pas vu. Une petite fille a noté : noir, meilleur ami, perdu. Chaque enfant lit ensuite à voix haute ses mots. Gabriel commente, encourage, souligne une image intéressante ou surprenante, et quand certains mots sont déjà utilisés par un autre, ou trop vagues, la règle veut que l’enfant remplace par un autre mot.

Les enfants recommencent l’exercice « 3 mots » pour une deuxième évocation : train électrique.
L’exercice demande une grande concentration, et d’accepter une certaine solitude. Dans l’ensemble, je les trouve calmes, attentifs. Je suis étonnée de leur sérieux.
Gabriel les accompagne :

C’est bien, c’est un travail d’écrivain que vous faites, de chercher les mots à l’intérieur de vous…

Ensuite, les enfants doivent mélanger les deux séries de mots, en trouvant un rythme. C’est plus difficile. Il faut les aider un peu. Il leur demande de résister à la tentation du récit et d’être davantage dans la sonorité ou de visualiser les mots qui formeraient un dessin…
Le moment de la lecture de chaque poème – deux à trois phrases – est très beau. Chacun écoute l’autre. Les voix sont quelquefois timides, Gabriel les aide à parler plus haut, recommencer, et les bravo donnent des sourires.

Après la récréation, l’atelier se poursuit sur le récit. Il se passe à l’oral, c’est une discussion autour de la fabrication d’une histoire. Gabriel transmet des éléments, un vocabulaire : lieux, personnages, des actions, une fin. Chaque enfant se réfère aux dessins animés et films qu’il aime. Gabriel leur demande de résumer selon ce découpage, certains commencent à raconter toute l’histoire en détails emportés par leur plaisir…

À midi, la classe se recompose.
Nous découvrons l’animal CoTEAC peint par les enfants de l’autre atelier.
Ce vendredi, à la cantine de la CdC Montesquieu, la Cie du Chat perplexe aussi se recompose. Leur première semaine de résidence sur le territoire de la CdC approche de la fin. On sent une légère fatigue, qui ne se laisse apercevoir que dans ces moments off, de coulisses en quelque sorte. Débriefs au sujet des ateliers respectifs : Peinture, Écriture… et Musique, puisque Stella et Estelle étaient, elles, dans une crèche.
C’est mon programme à venir : un après-midi avec des bébés.

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Le travail du poète

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Les poètes regardent toujours par la fenêtre.

 

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Animal CoTEAC en voie d’apparition

 

Souvenirs d’école

épisode 10 : Au bonheur des vendeurs

À la recherche d’un lieu en forêt, pour filmer musiciens et danseurs du Chat perplexe, l’idée est de trouver un endroit silencieux afin d’enregistrer le son en direct. Mais à la campagne, il y a toujours une tronçonneuse qui surgit quelque part…
Tout du moins, le bruit d’une tronçonneuse. Ou d’un train qui passe. Ou d’une machine agricole. Ou d’un outil bruyant. À la campagne, ça bosse en plein air.
Je les regarde de loin danser au milieu des platanes. Manteau rouge et habits noirs et veste bleu. C’est dommage qu’il n’y ait pas de spectateurs pour profiter de cette poésie.

Suite de la journée. De l’autre côté de la forêt, une classe d’école maternelle attend Stella et Olivier avec impatience. J’assiste à l’atelier.
Sur le tapis de sol, les enfants marchent en musique, ainsi que Stella leur a demandé. Quand Olivier arrête l’accordéon, les enfants stoppent leurs mouvements. Après cet échauffement, elle explique et montre, à la ligne de petits spectateurs assis devant elle, les gestes pour la danse à venir.

On va danser comme si on était dans l’eau ou comme si on marchait dans du chewing-gum.

Elle les encourage à utiliser les bras, les genoux, les corps montent et descendent lentement. Elle raconte des histoires pour inciter des mouvements, ramasser des pommes, et pour la danse finale collective : On fait de la compote !
Stella remarque que les enfants sont plus attentifs depuis que la musique est jouée live.

Changement d’ambiance pour la suite de la journée : les commerces de La Brède vont recevoir la visite de la BPRA ! Voilà dans les rues de la commune, les marionnettes-gendarmes, l’accordéoniste et la chanteuse, Estelle au micro pour enregistrer les paroles des commerçants et continuer d’explorer le CoTEAC, et Morgane à la caméra.
Et, puisqu’on le verra sur les images, moi-même devenue un peu personnage puisque le Chat perplexe m’a trouvé un surnom dans le style des leurs : Call me Simone de Bienvoir, je prends mes notes dans toutes les situations. Allant parfois jusqu’à devenir figurante-danseuse, j’ai fini par apprendre (un peu) la mazurka.

Dans la vie, on ne peut pas rester sans danser.

 

Bienvenue dans une des boucheries de La Brède.
Le boucher  rassure son client, un peu effrayé par ce ramdam
: « T’inquiète pas tout va bien ! Tu vas voir, c’est marrant ce truc ! « 
Il accompagnera même discrètement Stella en chantonnant avec elle L’amant de Saint-Jean. À son tour, comme la pharmacienne, il joue le jeu du CoTEAC dont il donne la recette façon pot-au-feu. Pendant ce temps, l’apprenti a enfilé sa côte de maille et découpe un énorme morceau.
À la fromagerie, il y a d’abord un flottement. Les gendarmes-marionnettes paradent, et font leur show préventif. Dans le magasin, le client et les vendeurs font comme si de rien n’était. Avant que n’entrent les musiciens, je me dis que Ça ne prend pas ici. À la place d’Olivier et Stella, je n’oserai pas entrer… Et puis, contre toute attente, dès les premières notes de musique, des sourires apparaissent… Le fromager constate à la fin : « C’est dommage qu’il n’y ait pas grand monde, parce que c’est très joli, c’est une belle interprétation. »
Il me semble que ce choix de jouer et chanter des morceaux connus favorise un lien direct avec les gens, un partage immédiat. L’impromptu ne dure pas longtemps, il faut pouvoir créer un contact presque spontanément dans un contexte peu favorable…
À son tour, le fromager joue et rit, alors que je le croyais si fermé au début de l’intervention. et le voilà qui vend lui aussi des sachets de CoTEAC devant la caméra de Morgane.
Estelle lui explique le principe de cette rencontre.
Il répond :

« La culture, je n’en ai pas, je suis inculte, pourtant j’aime bien ça, mais j’ai pas le temps… »

 

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Episode 9 : Réfléchir et danser toujours

Je commence encore ma journée au son de l’accordéon. Cette fois, Olivier joue assis dans un canapé. Matin au gîte. Je viens les rejoindre pour la matinée « brainstorming ».

La troupe s’est installée – où elle a trouvé – pour la semaine, à Ayguemorte-les-Graves. Le lieu n’est pas idéal, les 8 comédiens-musiciens y sont à l’étroit. Cela fait partie des détails qui n’en sont pas dans le cadre de présence dans la durée d’artistes sur un territoire comme la CDC Montesquieu, large et rurale : où se loger ?

Donc, dans le salon-dortoir, Olivier et Lucie s’échauffent en musique.
Les questions du matin sont de cet ordre : Comment intégrer la fiction au réel ?
J’accepte le café.
La brigade des marionnettes déambule sur le territoire en même temps que la Compagnie intervient sous différentes formes. La brigade appartient à une histoire précise : l’histoire du Balbizar, ce bal qui aura lieu au mois de Juin. Marionnettes et bal clandestin forment un ensemble que La Cie du Chat perplexe décline habituellement dans un espace-temps resserré. La fiction du Balbizar – avec le concours de la presse locale – s’est déployée dans les villes ou villages où ils ont déjà joué ce spectacle participatif festif. Ici, c’est plus complexe.
Comment faire le lien entre la fiction du Balbizar, les gendarmes, les impromptus, les ateliers, les représentations entre décembre 2017 et juin 2018 ?

La question de la communication : Comment s’adresser aux gens ? Surtout quand il y a tant de choses à raconter ? Où sont les gens ? Comment les toucher ?

Je pense à l’enjeu de ma propre mission d’écriture, et ce souhait des institutions quand je demandais Qui est le destinataire de cette trace écrite ? On me répondait le grand public.
Souhait logique et louable, puisqu’il y a souvent ce déficit : le grand public ne sait pas, et parfois ne mesure pas, toutes ces actions qui ont lieu. Le désir de s’adresser au plus grand nombre quand il s’agit d’expliquer ce que la collectivité met en place me paraît légitime. Mais ce plus grand nombre m’apparaît comme une entité abstraite…

On se demande donc et Comment.
On en arrive aux médias. Quels journaux ? La radio ? La télé ? Mais localement, comment faire ?
Viennent parfois, à ce moment-là des réflexions, les batailles Écrit VS Images, et puis le temps que personne n’a plus, ni pour lire ni pour regarder…
Finalement, la cie du Chat perplexe fait son bonhomme de chemin, d’ateliers en rencontres sur le marché (quand il y a des gens à y rencontrer !), de commerçants en discussions sur un bout de trottoir. Travail de fourmi,  fait de présence physique.

Ce midi, nous déjeunons à la cantine de la Technopole Montesquieu où se trouve les bureaux de la CdC Montesquieu. Il est prévu un impromptu. Nadège, responsable du Pôle Vie locale, nous reçoit comme à chaque fois, s’assure que tout se passe bien.  Pour l’instant, c’est elle qui fait le lien.
Pas grand monde à la cantine, impromptu un peu périlleux. Pourtant, gendarmes et musiciens parviennent à organiser une réclamation de CoTEAC, ambiance réfectoire, les couverts tapés sur les tables en rythme d’un On veut du CoTEAC !
Je regarde avec admiration les petits courages qu’il faut pour se jeter dans l’espace public comme sur une scène, interrompre la vie des gens sur l’air d’une fantaisie imprévue.

La mazurka du jour sera donc dansée au milieu de la cantine…
Avant de repartir pour les ateliers et les aventures dans la communauté de communes, une séance de photos s’organise.
J’en profite pour discuter avec Stella de son spectacle Au pied des pins têtus.

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Episode 7 : C’est pas le fond, c’est la forme.

Ce mercredi matin, Gare de Beautiran. J’entends les premières notes de la Mazurka dès la descente du train. Je retrouve la Cie du Chat perplexe, et je pense Enfin des  sourires. Ni tram, ni train n’ont fait du bien à personne ce matin, les visages fermés du quotidien.

Alors, encore plus, l’instant est très poétique, ce quai de gare, la lumière orangée et le brouillard, des voyageurs-silhouettes, l’accordéon et la clarinette, un couple de danseurs.
On dirait une scène de film.
Je me demande ce que les gens pensent.

J’annonce que Johnny Halliday est mort. Olivier s’essaie à quelques notes de Que je t’aime sur son accordéon.  Les gendarmes-marionnettes débarquent soudain du haut de la passerelle. Intervention de la Brigade de Prévention des Risques Artistiques : ils déclinent les interdits, la musique est dangereuse, la poésie aussi.
La troupe continue son jeu, le train n’arrivant pas…
Gabriel a troqué le costume de gendarme pour celui du troubadour : il déclame au porte-voix quelques poèmes. Le jour est un reste de regard… dit-il aux voyageurs dans la brume.
Pendant ce temps, de l’autre côté du quai, Morgane filme et à côté de nous, un homme, d’une quarantaine d’années, s’avance et nous explique qu’il travaille à la SNCF – mais là, non, il n’est pas en service – et Tout ça, c’est interdit ! C’est dangereux de faire de ce que vous faites.
On essaie de détendre les choses, lui signale que les gendarmes sont venus le signifier en effet, qu’il se rappelle d’un jeu…

Le train attendu ne vient pas, en raison d’un malaise cardiaque à la gare précédente. Il fait froid, on entre dans la gare de Beautiran, il y a du monde.
Le monsieur continue : Vous n’avez pas le droit, pas le droit d’interroger la personne au guichet – Gabriel voudrait lui acheter un billet pour aller à CoTEAC -, Je vous explique les règles, Moi j’ai plutôt apprécié mais là ça dure ça dure c’est pas possible de faire ça.
Il répète Si ma chef était là… Il se met en colère quand on essaie de lui demander Pourquoi il trouve ça dangereux ? Pourquoi interdire la musique ? Quelle différence entre ces voyageurs lassés d’attendre qui écoutent la musique dans leurs oreillettes et cette musique jouée en vrai ?
Il répond : C’est pas le fond, c’est la forme…

Le monsieur de la SNCF qui ne travaillait pas ce jour-là se faisait plus menaçant qu’une marionnette-gendarme, faisait se rejoindre la fiction et la réalité, faisait preuve de zèle et du sentiment d’importance. Une drôle d’impression de machine froide.
La Cie du Chat perplexe n’étant pas là pour semer la discorde, elle a choisi de stopper l’impromptu et a laissé filer l’employé modèle, les voyageurs, et le train qui arrivait enfin. Gabriel est revenu acheter au guichet un billet pour CoTEAC, que le caissier lui a vendu « pour de faux », en se marrant.

 

Passons à la suite du programme : impromptus chez les commerçants.
On entrera où la liste des courses nous mènera : des écrous, une pince, des piles, du beurre, du miel et du fromage.
Au magasin de bricolage, au rayon Protection, Olivier joue de l’accordéon, les employés font comme si de rien n’était et continuent la mise en place. Le responsable arrive : il faut partir !
Au supermarché, aucun souci, on peut danser au milieu des fruits et légumes. Une dame écoute pensivement la musique d’Olivier. On danse une mazurka devant les côtelettes et la charcuterie. Une autre dame dit Que c’est bien cette musique parce que c’est tellement ennuyeux de faire des commissions…
Désormais, les marionnettes entrent en scène en premier. C’est le constat fait par la troupe, que cette arrivée déjantée de la BPRA place d’emblée dans le jeu, dans le théâtre. Et les musiciens sont ainsi mieux accueillis, sans méfiance.

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Retour à la salle des fêtes de Saint-Médard d’Eyrans. Stella s’apprête à jouer la deuxième représentation de son spectacle jeune public Au pied des pins têtus. Elle le jouera trois fois aujourd’hui : à 9h devant 2 classes de maternelle, et la crèche de Martillac. À 11h, 2 autres classes de maternelle et le MultiAccueil de Saint-Médard. Ce soir à 18h, ce sera ouvert au public : enfants et parents. Tout est complet.
La place est gratuite, cela fait partie de la mission des artistes sur ce projet : jouer leurs spectacles.

10h46. De l’intérieur de la salle, on entend les enfants impatients.
Stella a mis son costume, la salle est presque dans le noir. L’excitation monte dans le hall. Stella les accueille elle-même, fait le silence. Il faut organiser l’entrée des petits spectateurs, enlever leurs manteaux, les ranger, placer les enfants. Avec Emma, elle les font entrer et assoir, 10 par 10, c’est presque une chorégraphie.
Pendant le spectacle, les Oh ! les Ah !, les rires, les commentaires, celui qui imite, ceux qui dodelinent de la tête en musique, les Whaow devant le ballet des formes aimantées que Stella actionne un peu magicienne, certains ont envie de danser… et en partant, font un petit câlin à l’artiste.

Stella est heureuse, du spectacle, de ce qui a eu lieu avec les enfants.

Nous partons déjeuner à la cantine de l’école. On est accompagné de Sophie, la bibliothécaire, et qui s’occupe de faire le lien pour les projets culturels  qui se déroulent à Saint-Médard. On passe une partie de l’après-midi avec elle.

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Episode 6 : la troupe se grise

La traversée de Saint-Médard d’Eyrans reste un peu triste en ce début d’après-midi, la faute aux ciels gris et aux places vides. Heureusement, vers 16h, la sortie de l’école maternelle – et ciel bleu – favorisera le retour à la fantaisie.

La cie du Chat perplexe ne semble pas du tout atteinte par un quelconque pessimisme, au contraire : ils déploient une énergie – même entre eux, même hors des spectateurs – qui doit leur faire comme un liant, fait d’adrénalines et d’enthousiasmes.
Comme si l’espace de répétition était ces rues désertes, ou l’intérieur de l’estafette, un chemin au bord d’une forêt… Entre chaque intervention publique, quelque chose se tisse, se compose. Dans le camion, ça improvise, ça discute, ça propose.
Pour l’instant, la rencontre avec les habitants se fait au compte goutte. J’ai observé de beaux sourires, celui de la vieille dame au chignon serré et ses cartes en main quand Stella chantait. Comment identifier dans les cahiers des charges des contrats d’éducation artistique et culturelle ces émotions subtiles, presque inaperçues ?

J’ai la chance d’en être témoin. Il faudra me croire sur parole. J’ai vu des situations inattendues. Et je savoure le grain de folie qui les prend entre les décisions et les actions, quand la liberté attrape toute une compagnie de théâtre, je vous assure, c’est réjouissant.

Avant d’aller à l’école, – c’est bientôt l’heure du goûter -, arrêt au skate-park, juste à côté de l’ancienne gare.  L’objectif : filmer quelques scènes qui intégreront le film réalisé par Morgane. Vidéaste, elle réalise toutes les captations de la Cie et travaille à des courts-métrages pour leur prochain spectacle.
Assis sur le module de skate, Gabriel joue de la guitare. Emma et Lucie s’habillent : chapeaux et queues de pie. Morgane filme la scène de danse en haut de la rampe, les musiciens en bas jouent la mazurka. Descende collective façon toboggan.

Devant l’école, les tout-petits sortent, avec leur mini-valises à roulettes qui leur donnent des airs sérieux de voyageurs pressés de rentrer chez eux. Quelques-uns s’arrêtent les yeux écarquillés, devant Stella, grimpée sur un tabouret, yukulélé en main, elle chante son air si joli extrait de Au pied des pins têtus, le spectacle qu’elle joue demain à la Salle des fêtes de Saint-Médard d’Eyrans. Pendant ce temps, les autres distribuent accrochés à des cannes à pêche un p’tit vers, rouleau de papier sur lequel est imprimé un morceau de poésie.
Les parents s’arrêtent, les discussions autour du CoTEAC, du spectacle de demain, il y a plusieurs horaires – tout est complet – , Olivier fait de la pluie sur le parapluie sous lequel Stella s’abrite, elle joue déjà son personnage du spectacle, avec son ciré jaune…

Le soir, je me dis : la troupe du Chat perplexe s’adapte à toutes les situations.
Pourtant, je suis loin d’avoir tout vu…

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Épisode 5 : l’anniversaire

Le voyage de l’Estafette continue. L’énergie de la troupe vaudrait pour jouer devant une foule entière mais pour l’instant, il n’y a pas grand monde à rencontrer… La commune de Saint-Médard d’Eyrans est calme le mardi après-midi. Aussi, le terrain de pétanque et sa vingtaine de boulistes concentrés font un public inespéré. Le camion stoppe.
Coulisses sur un parking. Avant chaque intervention, petite mise au point : Qui fait quoi, dans quel ordre, quel morceau ? À l’arrière de l’estafette, chacun enfile son bleu, ses lunettes, son chapeau.

Les musiciens entament l’impromptu au boulodrome. Arrivée timide, en présence des joueurs, pas faciles à déranger. Olivier et Stella attaquent L’amant de Saint-Jean. Je me dis qu’il y a forcément parmi ses messieurs un danseur, un rêveur, un souvenir.
Gabriel entend l’un d’eux dire que c’est pour l’anniversaire de Jean-Claude. La troupe du Chat perplexe poursuit sa présence musicale au bord des terrains. Ça tire, ça pointe, ça fait des phrases, et de temps en temps, une tête se tourne vers nous, mais pour l’instant la glace n’est pas rompue.
Stella danse et chante : Quizas, Quizas, Quizas… Gabriel a fait passer le mot : l’impromptu musical se termine alors par un Joyeux anniversaire Jean-Claude ! Ça y est, la pétanque a perdu son premier rôle, grand rire collectif devant la tête surprise de Jean-Claude qui devient le héros.

Les marionnettes-gendarmes prennent la suite, c’est le défilé à la pétanque. La Brigade de Prévention des Risques Artistiques prend sa fonction en main.
Le Chat perplexe organise une fiction qui commence par cette Brigade fantoche et qui ira jusqu’au soir du Bal bizarre en juin, un bal clandestin où sont conviés – à braver les interdits – les habitants de la Communauté de Communes. Pendant toute cette première semaine de résidence, la troupe essaie de jouer avec les gens croisés. Ces drôles de flics moustachus caricaturaux en tête de cafetière assènent la liste des dangers imaginaires que provoquent l’art et la culture. Vous allez au spectacle ? Vous lisez des romans ? Vous écoutez de la musique ? Si par malheur, vous dites oui, vous voilà possiblement contaminés d’effets secondaires désastreux. L’ironie des propos des deux gendarmes guignolesques donne lieu à des échanges en tout genre.

Je vais avec Stella et Olivier jusqu’au bureau du club des boulistes. Ici, au chaud, les dames (plutôt du 4ème âge) organisées en 3 tables jouent à la belote. L’approche se fait doucement, Stella juge que les gendarmes n’ont pas leur place dans cette situation, le choix est fait d’offrir simplement un morceau de musique. Sur les dames, L’Amant de Saint-Jean fait son effet : d’abord concentrées sur les cartes, certaines suivent le rythme de l’accordéon, et chantonnent. La pièce n’est pas grande, Stella chante au plus près d’elles, l’écoute est très belle. C’est assez émouvant, leurs sourires donnent une gaité, les applaudissements chaleureux, un deuxième morceau est offert.
On imagine les habitudes de ces après-midis de cartes…
Il y a à notre présence parmi eux un peu d’étonnement, mais pas tant que ça. Finalement, les gens prennent la vie comme elle vient… même une chanson en passant.

Autour du terrain, avant de partir, le Chat perplexe au complet entame la mazurka – cadeau final. Certains boulistes dansent lentement avec la troupe en bleu de travail. Les Aurevoir vont avec les explications : le CoTEAC, la présence artistique…
« Ça nous a surpris » dira l’un d’eux.
J’imagine ce soir, quand il fera le récit de l’impromptu du Chat perplexe, il décrira les marionnettes et les musiciens, l’anniversaire de Jean-Claude, peut-être que sa femme aura du mal à croire ce qu’il raconte, des artistes en pleine partie de pétanque…

En coulisses de l’estafette, chacun échange ses impressions, Stella son moment touchant avec les dames, ce bouliste qui a découvert la musique classique récemment et qui a demandé à écouter un air de clarinette…
Estelle me glisse à l’oreille : À chaque fois, on se dit Est-ce qu’on y va ?

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Épisode 4 : la route de l’impromptu

Donc, nous voilà on the road. Ciel bien gris de décembre, température pas vraiment idéale pour des rencontres en extérieur. Aucune importance, la troupe du Chat perplexe est joyeuse. Voiture et estafette, ça roule.
Au grand rond-point, entre Beautiran et Léognan, on passe à côté d’un terrain vague et son food-truck, spécialisé burger, LE DÉBUT DE LA FAIM. Un resto ambulant orange vif,  avec des barriques qui font des tables. Il a deux clients, un jeune homme qui mange des frites pendant que sa compagne avec de grandes tresses blondes danse pieds nus à côté de leur camion blanc, musique à fond.
Demi-tour, décision prise : ce sera la première intervention.
Ils appellent ça des Impromptus. L’impromptu, c’est une improvisation préalablement (un peu) écrite. Ceux de cette première semaine de résidence sur le territoire sont conçus autour des marionnettes-gendarmes, de musiciens, d’une chanteuse et les autres dansent… Tout est filmé par Morgane. Et Estelle, une fois qu’elle a joué de la clarinette, vient ensuite expliquer – façon journaliste – aux gens croisés de quoi il s’agit : la culture, est-ce qu’on en veut, est-ce qu’on a de l’art en assez grande quantité, ce qu’ils font ici, les spectacles qu’ils jouent dans les différentes communes, le CoTEAC de la communauté de communes, etc.

Comme un tour de chauffe. Pour aller à la rencontre des habitants, il faut se saisir des signes et profiter de toutes les situations. Il n’y a pas de clap, ni de rideau à lever, pourtant il faut bien un commencement ; le décider, et celui-là pourrait aller.

Voilà comment ça se passe :
Tout le monde descend, la brigade en tête, les musiciens en bleu de travail, chapeaux, lunettes, chacun son rôle et son costume. D’abord les marionnettes-gendarmes, la jeune fille rit, la Brigade de Prévention des Risques Artistiques prévient : danser comporterait un certain nombre de dangers… Puis, Olivier, alias Marc Peppone, joue de l’accordéon, Estelle à la clarinette, et j’entends ma première mazurka de la semaine. Les voitures passent et ralentissent un peu, les automobilistes tournent la tête, étrange image d’une ronde joyeuse sur un bord de route.

Le chef-cuisinier du food-truck sort son téléphone pour filmer : « C’est pas tous les jours qu’on voit ça ». Il prend des prospectus du programme des spectacles et le Balbizar du 25 juin.
Discussion sur le sens des mots, Gabriel (revenu de son rôle de gendarme) le questionne : « Pourquoi appeler votre food-truck Le début de la Faim ? Vous auriez dû l’appeler la Fin de la faim ! « 
La réponse est écrite sur le panneau à l’entrée du terrain : Tout commence par la faim.
Et d’expliquer : Il y a d’abord la faim, avant d’avoir l’envie, de quoi et où.
Et, parce qu’on a faim, on vient…


Prochain arrêt : le boulodrome de Saint-Médard d’Eyrans

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Épisode 3 : salade de fruits

La salle des fêtes de Saint-Médard d’Eyrans continue d’être le lieu des répétitions.
Lucie monte les grandes marionnettes-gendarmes de la BPRA – Brigade de Prévention des Risques Artistiques. Avec Estelle, elles répètent les textes. J’entends des bribes de la future séquence : « Si vous voyez un accordéoniste, envoyez-le valser ! » « C’est quoi un CoTÉAC, chef ? »
Stella, qui joue demain les représentations de son spectacle Au pied des pins têtus, chante tout en construisant son décor. Emma installe les câbles.
Olivier joue de l’accordéon. Morgane filme.
Pour l’instant, la cie du Chat perplexe travaille à l’abri de la salle des fêtes…

L’heure vient de prendre les gendarmes par le cou, on part chercher Gabriel – un des autres acteurs – à la gare de Beautiran.
Première halte au Café de la Gare. Entrainement : Gabriel, auteur-acteur, joue le caporal Pétard. Le caporal deviendra colonel au fil des impromptus, pour finir major sous le regard sévère et la moustache identique d’un ancien militaire au marché de Léognan, qui expliquera les vrais grades du costume et récitera même quelques vers d’Apollinaire… Mais ceci est une autre histoire. Pour l’instant, la brigade n’a pas encore mis le nez dehors, et Gabriel répète le dialogue avec Lucie, l’autre gendarme : Fonfrais.

Pendant ce temps, Estelle a sorti son micro et enregistreur. Toute la semaine, elle interrogera des habitants sur leur relation à l’art et à la culture. C’est un des objectifs de la présence de la Compagnie du Chat perplexe sur la communauté de communes. Elle pose des questions aux deux jeunes femmes qui tiennent le café, pendant que celles-ci installent leur déco de Noël.

Ensuite, direction la com com, située dans l’immeuble Technopôle, site de Montesquieu (à droite des panneaux solaires), à Léognan. À l’accueil, Estelle explique le CoTÉAC : la dame en a entendu parler, seulement, en administratif, dit-elle, c’est tous les jours, ces mots bizarres, alors c’est difficile à retenir… mais on comprend bien le AC : artistique et culturelle !
Grande tablée à la cantine.
À la fin du repas, Nadège – coordinatrice de la CdC – se prête à l’interview que Gabriel a préparée : Les poètes ont-ils le sens des réalités ?
Pendant ce temps, Olivier trouve que les fruits de sa salade de fruits ont un goût bizarre. Stella réagit : Ah bon, les bruits ont un goût bizarre ?

Je suis avec eux depuis quelques heures seulement, et je comprends que cette première semaine avec Le Chat perplexe va être intense, coq-à-l’âne, vive, voir virevolté, peut-être révolté, poétique, surprenante.
Pourtant, je n’ai encore pas assisté aux impromptus, ces interventions prévues dans l’espace public.
Nous voilà partis…

 

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épisode 2 : Une salle des fêtes

Saint-Médard d’Eyrans.
Je descends là : une gare sans gare. Mais il y a un lavoir, rue du lavoir.
J’ai rendez-vous avec la Cie du Chat perplexe. 
La Salle des Fêtes est d’une autre époque, des années 70 ou 80, en tout cas d’un temps reculé où on mettait de la moquette sur les murs. La scène de théâtre est dessinée par un arrondi vieux rose, avec un petit rideau rouge comme un feston, qui me fait penser à ces images en noir et blanc où on voit les enfants, devant le spectacle de marionnettes, qui crient et qui rient et qui appellent Guignol ! de toutes leurs forces.

Au milieu de la salle, le Chat Perplexe presqu’au complet : Estelle musicienne et comédienne, Lucie comédienne et metteure en scène, Stella chanteuse et comédienne, Olivier l’accordéoniste, Emma la régisseuse, Morgane qui filme.
Avec eux, David et Francky, deux employés municipaux de Saint-Médard d’Eyrans venus en renfort d’installation. C’est le montage du décor pour le spectacle joué demain : Au pied des pins têtus.
La scène, sur le principe de la boîte noire avec structure et pendrillons, s’installe au sol, avec des gradins pour les enfants. On parle d’une petite jauge, 60 personnes – enfants et adultes – : le spectacle est complet. « Jouer comme ça, on a l’habitude, on s’est équipés pour ça, pour les petits lieux. Les vrais théâtres, c’est confortable… »

 Il était question ce midi de lancer les premiers impromptus à la cantine de la Com Com (ainsi qu’on surnomme une communauté de communes quand on n’y travaille pas). Mais, finalement, il est d’abord question de prendre l’ambiance, plutôt que d’attaquer directement avec des improvisations. « On est un peu speed, là, non ? »
Autre discussion : le tractage de 16h, à la sortie de l’école de Martillac. Il est remis en question, il servait à faire la promo du spectacle : vu qu’il est complet, on fait quoi ?

Tout le monde est mis à contribution pour hisser la structure, moi y compris.
Un des projecteurs fixé penche : « On a besoin d’un redresseur de CoTÉAC ! » C’est Stella, qui installe son décor, elle rit : « Moi, aujourd’hui, j’utilise le mot CoTÉAC pour tout dire, c’est comme ça ! »

Question : On peut couper la soufflerie pendant le spectacle ? Parce que, on l’entend bien… »
Admiration : David, devant la fabrication maison d’une poignée pour tenir l’enregistreur. Estelle en est assez fière.

Les deux employés vont être interviewés, par Estelle et Lucie, filmés par Morgane. Ils ont compris le principe du jeu du jour : à la place de SPECTACLE, on dit CoTÉAC. On cherche le bon décor, le hall de la salle des fêtes résonne trop, à l’extérieur c’est le bruit des voitures, finalement, derrière, en s’éloignant un peu… Le train qui traverse la commune passera quand même. Francky et David jouent volontiers en répondant aux questions : Saint-Médard d’Eyrans, capitale du CoTÉAC, la vie serait plus gaie s’il y avait plus de CoTÉAC, on installe tous les CoTÉAC dans la salle !

Retour à l’intérieur. Olivier s’installe sur une chaise et prend son accordéon : c’est l’heure de sortir les gendarmes.

À suivre…
Et ce n’est si simple, parce que dans une même journée, le Chat perplexe va à la cantine, sur le parking d’un foodtruck, au boulodrome, au skate-park, à l’école, au carrelet.

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