Épisode 17 : Chat perplexe, le retour !

L’histoire de la Cie du Chat perplexe sur le territoire de la Communauté de communes de Montesquieu se déroule en plusieurs temps de résidence (eux, ils appellent ça une Estafette). Nous les avions quittés en décembre 2017 un samedi midi sur le marché de Léognan, rappelez-vous.

Le thème de l’Estafette de janvier sera une réflexion sur la colère, en lien avec le spectacle joué cette semaine : Les raisons de la colère. Ils ont prévu aussi de proposer aux habitants de la CdC, pour changer le monde, des Petites solutions (puisque les grandes apparemment n’ont pas l’air très efficaces).
La troupe du Chat perplexe se compose d’un noyau dur et d’artistes qui interviennent en fonction des projets. (Lors de l’estafette finale en juin, et le grand spectacle du Balbizar le 29 juin, tout le monde sera réuni, et tous les enfants qui ont participé à des ateliers y chanteront leurs propres créations). Vlad, le guitariste, a remplacé Olivier l’accordéoniste. Fred, le technicien son, a rejoint l’équipe technique.

Je les retrouve un mardi matin de la fin du mois de janvier, dans une classe de CM2 d’une école de Saucats, pour un Atelier Réveilleuse.
Un nouveau duo de marionnettes vient d’intervenir dans la classe : la Brigade du Bien-Être Moi (prononcer la BÉBÈM), deux médecins militaires moustachus – et la tête en cafetière -. Finie la répression intempestive (et tellement efficace) de la BPRA. La BBEM, elle, en pleine campagne de prévention sur le territoire, vous dissuade de la révolte et vous encourage à « la mollesse et à la flasquitude, rester mou pour mieux rentrer dans le moumoule. »
Ce matin, dans la classe de CM2 de Saucats, les marionnettes proposent aux enfants un échauffement physique pour rester bien mous, parce que la révolte peut provoquer une rupture de « l’hypopothalamus ».
La BBEM s’en va : encéphalogramme plat d’une classe prise au dépourvu par ce démarrage étrange et sérieux…
La porte s’ouvre en musique : Vlad, Stella, et Lucie débarquent pour l’Atelier réveilleuse.

Un atelier réveilleuse, c’est le contraire d’une berceuse !

Ils entonnent tous les 3 la chanson phare – le hit ! – du spectacle Les raisons de la colère. (Tous les ateliers et les impromptus de cette semaine sont en lien avec le spectacle.)
Les frontières, c’est dans la tête ! On va terrasser les géants ! Faut pas ramollir, continuez à remuer les mains !
Le morceau est très entraînant, et immédiatement la salle de classe prend des airs de concert. Ce n’est que le début…

Lucie se tourne vers ses camarades :


Je crois qu’ils sont sauvés ! On va vérifier ! Montez sur les chaises ! On prépare le changement de monde !

La classe est partagée en deux. Une partie part avec Stella, Lucie et Gabriel ; je commence avec Vlad. Il m’explique le principe : écrire des paroles d’une chanson sur le thème des choses qui révoltent et qui énervent. On commence par des situations pragmatiques (« globalement, au début, les petites sœurs et les petits frères prennent cher ») et après on élargit la réflexion vers des sujets plus universels.
Chaque élève propose sa liste d’énervements (effectivement, je constate qu’il ne fait pas bon être une petite sœur). Parmi les enfants, tous ne sont pas à l’aise de la même façon, certains prennent beaucoup de place et la parole tout azimut ; d’autres témoignent de la difficulté à se concentrer ; on perçoit les regards en coin ; le thème des choses qui énervent permet quelques règlements de compte (« Valérie, elle fait trop sa belle, elle m’énerve« ). Les enfants prennent très au sérieux les temps d’atelier. La joie et le laisser-aller apparaissent peu à peu.
À leur âge, c’est plus compliqué de sortir de leur propre vie, mais les idées viennent, ils sont aidés par Vlad et Estelle, attentifs à ce que tout le monde s’exprime et existe.
Ils ont travaillé par groupe de 3, Vlad invente donc une chanson (couplet-refrain) pour chacun, qu’ils chanteront ensuite au reste de la classe. Il passe des uns aux autres, un style pour chaque groupe, l’exercice est un peu de haute voltige. On entend des :

Yeah Yeah Yeah ! Nous, on veut faire du Rock’n’roll !

Avec l’autre moitié de la classe, Gabriel, Stella et Lucie ont fait le choix de créer une chanson entière, une chanson pour réveiller toute la terre.
Trois sous-groupes cherchent chacun une strophe. Lucie compte les syllabes, les élèves de Stella répètent leur strophe, Gabriel est content du texte sur le racisme de son groupe. Petite répétition générale du refrain, en chœur, phrase après phrase. Lucie les lance : 1 2 3 4. On recommence : doucement, moyen, plus fort. Elle les accompagne du geste. Ça prend forme, les enfants n’en reviennent pas, de l’effet, leur propre chanson les transporte…

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Le moment du concert dans la classe !
J’assiste à ça pour la première fois de ma vie, et j’avoue mon grand plaisir à voir ces enfants heureux, transportés par cette situation inattendue. Les quatre groupes de Vlad chantent les uns après les autres. On voit soudain des timides se réveiller, des p’tits malins perdre un peu la voix au moment de chanter devant les autres. La maîtresse à côté de moi s’étonne de l’attitude volontaire d’une petite fille si absente habituellement. Il ne s’agit pas de dire que l’atelier fait des miracles, mais cela permet aux enfants de vivre un moment particulier de création, avec d’autres adultes, des adultes un peu fous, encourageants, passionnés.
Au deuxième groupe d’y aller : la mélodie fabriquée fonctionne très bien et la chanson fait un tabac. On se croirait en concert vraiment, applaudissements nourris de toute la classe, grande fierté collective, la maîtresse est enthousiaste : on la rechante !

En écoute ci-dessous, vous verrez que je dis bien la vérité…
Des enfants de CM1-CM2 de Saucats et de La Brède ont participé à des ateliers à la fois pour créer les chansons et pour réaliser des clips : ils écrivent et interprètent les raisons de leurs propres colères…

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épisode 16 : ça réfléchit #Landscaping

L’expérience préalable au CoTEAC mise en place par l’iddac, la Drac et la Communauté de Communes de Montesquieu (expérience que je relate ici depuis le début) permet de faire travailler ensemble sur un projet commun des professionnels de différentes communes, se connaissant et parfois réunis, des artistes, des élus…

Le projet #Tourbuslandscaping du Bruit du Frigo a besoin du soutien des responsables des Services Jeunesse. Ils vont pouvoir faire le lien avec les adolescents et aider à la logistique.
Juliette et Gwenaëlle du Bruit du Frigo ont prévu une journée pour les rencontrer.

Un premier temps est organisé le matin du 25 janvier avec la zone 1 (la CdC a été découpée en deux zones) : Fabien Tartas, responsable Jeunesse à Saint-Médard d’Eyrans et qui reçoit tout le monde, Christophe Léon responsable jeunesse de Beautiran, Jérôme de Miranda responsable Enfance-jeunesse de Ayguemortes les Graves, Jacques Gaillard responsable du pôle Enfance Jeunesse de Léognan. Il ne manque que Castres.
Gwenaëlle re-explique le principe du #Tourbus Landscaping et les thèmes abordés : le déplacement des jeunes 15-18 ans et les paysages traversés. Est-ce qu’ils les remarquent ? Est-ce qu’ils en profitent ?

Landscaping = Aménagement paysager

Le Bruit du Frigo a l’habitude de poser un diagnostic à partir des échanges avec les habitants d’un territoire, et d’imaginer avec les gens rencontrés – ici des adolescents de la Communauté de Communes – des façons de s’approprier et d’améliorer leur espace public.
La difficulté – reconnue par tout le monde dès le départ – est : Comment et où établir le contact avec les adolescents ?

Plusieurs pistes sont choisies par Le bruit du frigo.

– De nombreux jeunes vont dans des lycées hors de la Communauté de communes : leur trajet scolaire s’effectue en bus. Quatre rendez-vous sont prévus au départ des lycées. Le bus ouvrira ses portes sur un espace customisé, et dans un temps très court, pour surprendre les lycéens, leur proposer de répondre à un questionnaire de façon décalée et ludique, leur présenter les ateliers d’urbanisme utopique, récolter des titres de morceaux de musique et évoquer la fête finale.
– Seront conviés également aux ateliers d’urbanisme utopique de plus jeunes adolescents (collégiens) : les responsables des services Jeunesse sont indispensables pour informer, faire le lien et accompagner les adolescents aux ateliers.

Gwenaëlle présente le kit du Tourbus : le questionnaire, le principe des réponses avec les raquettes, l’effet de surprise.
Les retours sur la séance test ont permis quelques améliorations mais surtout, ils ont validé le fait que le ton et le rythme fonctionnent auprès des adolescents.
Les ateliers d’urbanisme utopique se dérouleront en deux temps :
– Atelier BlindTest : une première approche pour déterminer les lieux que fréquentent les jeunes sur le territoire de la communauté de communes.
– Atelier mobile : aller avec eux sur les lieux identifiés et réfléchir à comment les améliorer.

C’est maintenant le moment de trouver des dates communes, possibles, en écartant les vacances scolaires du futur planning.
Pour le lieu de l’Atelier Blindtest, petite bataille pour rire entre les responsables (qui se connaissent bien)

T’as vu ton Point Jeunes ?
Oui, mais nous on a un lac et un espace culturel.
Oh, ça va, en ce moment, vu la pluie qui tombe, on a tous un lac !

Travailler en commun et en mobilité implique une organisation faite de détails techniques, par exemple les adolescents d’une commune ne montent pas dans le minibus d’une autre commune pour des raisons légales, ou seulement avec des autorisations, et toutes les communes ne disposent pas d’un minibus.
Les espaces Jeunesse accueillent des tranches d’âge différentes, ce sont de plus en plus des pré-adolescents, et les responsables servent aussi d’accompagnateurs.

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L’après-midi, avec les services Jeunesse de la zone 2, la réunion se déroule au Pôle Moontesquieu dans les bureaux de la CdC.  Sont présents les responsables de La Brède, Saint-Morillon, Saint-Selve, Cabanac…
Gwenaëlle reprend pour eux les grands principes du #Tourbus  : le diagnostic (non quantitatif non exhaustif), les ateliers, la restitution. Les lycéens – de fait considérés comme un public fuyant –, comment faire pour les atteindre ? Le Bruit du Frigo va essayer.
Enthousiasme et questionnements de la part des différents responsables, notamment sur cette formulation « faire ensemble » appelée des vœux de tous mais complexe. 
L’équipe du Bruit du Frigo précise : Nous présentons nos désirs pour mener notre projet avec la collaboration des Services Jeunesse, d’où ces échanges.
Les questions, le plus souvent, sont d’ordre technique. Le sens a l’air admis de tous…
En effet, accord général sur l’intérêt du commun. Cependant, il y a une nécessité d’explication à chacun, à chaque étape, et de bien établir – coordonner – les liens et les missions des uns et des autres.
La date du deuxième atelier sera bientôt fixée.

Le tourbus Landscaping va démarrer : RDV sur le parking du Lycée de Gradignan le jeudi dans le bus de la ligne 30 jeudi 1er février.

Pendant ce temps, la deuxième résidence de la Cie du Chat perplexe a commencé : la Grande Estafette se déroule du mardi 23 janvier au samedi 27 janvier.
À lire ici : l’épisode 17.

à suivre / Lire l’épisode précédent / Lire depuis le début / Lire l’épisode suivant du Tourbus / Lire le projet #Landscaping Bruit du Frigo

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épisode 15 : #landscaping (pilote)

L’aventure du Bruit du Frigo sur le territoire de la communauté de communes a un un rythme différent de celle du Chat perplexe.
Le collectif se présente comme un hybride entre bureau d’étude urbain, collectif de création et structure d’éducation populaire. Leurs actions  se consacrent à l’étude et l’action sur la ville et le territoire habité, à travers des démarches participatives, artistiques et culturelles. Parmi leurs réalisations les plus connues sur la métropole bordelaise : les Refuges périurbains, réalisés par Zébra3/BuySelf, chaque fois inventés par un artiste différent, précurseurs d’un tourisme alternatif (passer gratuitement une nuit dans un des refuges). Le dixième est installé depuis peu à Bruges, sur la rive du lac de Bordeaux : Neptuena.

Leur projet ici sur la Communauté de Communes de Montesquieu se construit sur deux thématiques, parmi celles proposées par la CdC : le paysage et la mobilité, du point de vue des adolescents.
La restitution finale au mois de mai montrera comment le Bruit du Frigo transforme en utopie des lieux identifiés par les jeunes.
Comme l’équipe a choisi de s’adresser aux adolescents, elle va travailler en étroite collaboration avec les Services Jeunesse et Points Jeunes des 13 communes.

Tout commence donc un vendredi soir dans l’Espace Jeunesse, de Saint-Médard d’Eyrans, espace ouvert tous les vendredis soirs, et la journée pendant les vacances.
Le Bruit du Frigo a inventé un protocole pour établir le lien – la connexion – avec les jeunes. La grande difficulté de leur projet est là : Comment embarquer avec eux dans un projet d’urbanisme utopique des adolescents ? Un peu comme ce grand public difficile à trouver, les adolescents font bande à part, de corps et d’esprit, pendant quelques années…
Les lycéens de la CdC Montesquieu vont, pour la plupart, dans les lycées hors CdC – à Gradignan, Talence et Bordeaux -. Ils empruntent soit le train ou les bus Transgironde pour les trajets scolaires matin et soir. Le Bruit du Frigo a décidé de faire une tentative de rencontre au moment où les lycéens montent dans le bus, en fin d’après-midi, avant de rentrer chez eux.
Mais revenons à ce vendredi soir.
Le Bruit du Frigo, et son équipe féminine : Annabelle, Gwenaëlle, Juliette, Julie et Nina. Ce qu’elles ont inventé pour entrer en contact avec les lycéens, et récolter des premières informations sur leur usage de leur territoire, elles veulent le tester : les outils, le questionnaire, le rythme.
Invités à collaborer, et à apporter toute leur fantaisie, Nicolas et François, du collectif Genre, un collectif de musiciens tourné sur l’organisation d’événements et concerts et l’accompagnement culturel lié à la musique.

Huit adolescents (de Saint-Médard d’Eyrans et de Beautiran) vont arriver. Ils feront le jeu proposé, – très court, parce que cela doit aller vite, le Jour J les lycéens auront peu de temps à leur consacrer après une journée de cours, il faut les faire réagir immédiatement avec des choses percutantes. Pour cette raison le Bruit du Frigo va travailler l’effet de surprise… –

 

Pour l’instant, installation dans la bonne humeur. Réaménagement rapide de l’espace et commande des pizzas pour après le test.
Nicolas explique l’installation pour avoir le son dans les bus, la nécessité d’une batterie, le wifi, « J’ai ce qu’il faut pour le micro, pour plus gros ça passera aussi, mais pour un grille-pain c’est galère, ça tombe bien on n’aura pas de grille-pain. »
Au moment du vocodeur, tout le monde s’excite, Trop bien ! effet immédiat pour électriser l’atmosphère.
François, dans le rôle de l’animateur en chef, s’entraîne au micro.
Nicolas me dit :

« Là, il parle à un canapé, alors imagine quand il parle à des gens… »

Les adolescents arrivent. Ils s’assoient tous face à l’écran, deux groupes, les garçons d’un côté, les filles de l’autre, ils sont en seconde.
Gweanaëlle explique le projet, le dispositif, le principe du test. Ils pourront dire tout ce qu’ils n’ont pas compris ou aimé, pour améliorer. Quand elle dit « Votre territoire », je remarque que le mot les fait rire. Je pense qu’il n’a pas du tout la même connotation que pour nous.

On leur distribue les raquettes – une face rouge, une face bleue – pour répondre aux questions construites avec des réponses rouge ou bleu. Et le kit dans le Sac à Vomi, un sac papier dans lequel on trouve une explication du projet, les questions, des lunettes 3D, un autocollant, un coupon réponse pour proposer un morceau de musique…
Le tout est siglé du nom du projet : Tourbus #Landscaping
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C’est parti !
Sur l’écran, apparaissent les questions. François commente façon animateur de jeu, et Nicolas envoie des jingles pour ponctuer. Les ados lèvent les raquettes tournées face rouge ou bleue, en fonction de leur réponse, de ce qu’ils connaissent ou pas (par exemple, Le Rocher de Palmer ou La Ruche à Saucats). François va vers eux avec le micro :
Pourquoi tu as fait ce choix ?
Parce que j’ai pas compris la question…
Tout le monde rigole. L’ambiance est tout de suite très drôle.

– Dernière question : La Télé ou la Réalité ?
– Oh la la, c’est dur de répondre !

Discussion et retours en mangeant les pizzas. Ils se sont bien amusés, trouvent que c’est trop court. Les garçons échangent avec l’équipe sur des lieux où ils se retrouvent, dans la forêt, ils parlent aussi de La Rosière à La Brède.
Bilan positif. Quelques questions à ajuster, parfois des explications à apporter, quelques mots pas compris à cause de l’âge.

Prochaine étape : en live !

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épisode 14 : marché de vers

Pendant que la Cie du Chat perplexe se rassemble, matériel et marionnettes, et installe son stand au milieu du marché du centre-ville de Léognan, je bois un café au bar PMU.
À la télévision, BFM diffuse L’adieu à Johnny, un direct de la cérémonie nationale en hommage à la mort du chanteur. 11h01 : arrivée à l’église des amis vedettes, grands plans de la foule tout au long du trajet du cortège. Beaucoup de larmes, les casquettes avec la signature de l’idole, les tee-shirts à son effigie, différentes époques célébrées… Et aussi les sosies. Devant l’église de La Madeleine, un portrait géant de Johnny et une Harley aident au recueillement. Les journalistes occupent l’attente (le vide ?) en interrogent les fans : certains sont venus en car depuis Montélimar, ils ont des drapeaux de concerts entourés aux épaules comme des capes…
Je ne croyais pas qu’il y aurait tant de monde. Je pense :

Voilà, j’ai enfin trouvé le grand public.

La cie du Chat perplexe s’est installée à côté de chez Dudu, Le Palais du Boudin.
Le placier du marché arrive. Il préfèrerait mettre ailleurs ces drôles de commerçants. On parlemente, explique… Heureusement, les filles du stand de salades interviennent et font une place au Chat perplexe.
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Ce matin, le principe de l’impromptu est simple : toute la troupe propose de la poésie, de la musique, danser ou chanter, réciter ou écouter.
Gabriel lit un poème. Écoute avec moi une petite fille attentive. Elle fait remarquer à Gabriel qu’il faut lancer le poème. Sa soeur est avec elle et à leur tour, elles déclament (ce que lancer veut dire).
Lucie récite des contes ou des poèmes dans des tuyaux qui vont directement jusqu’aux oreilles des passants. Qui peuvent aussi choisir d’écouter un solo de musique : accordéon ou clarinette.
Aux gens qui font la queue, Gabriel et Stella proposent le fameux petit verre avec un petit vers. Certains s’arrêtent sur ce stand animé et joyeux. Olivier joue de l’accordéon, Stella chante. Lucie improvise une leçon de batchaka, qui se danse à deux. Ça donne : 1-2-3 cul 1-2-3 cul, etc… (à cul, on lève ses fesses sur le côté). Plusieurs couples apprennent et dansent au milieu de l’allée du marché.

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Un petit vers trouvé dans un verre : offert.

 

Voilà, l’arrivée des gendarmes !
Les marionnettes font cesser ce grand bazar et interrogent les gens sur leur pratique artistique, les prévenant des risques.

Une dame explique au Colonel Pétard qu’elle fait du chant lyrique. « Hautement dangereux ! » s’exclame le représentant de la BPRA. Pour sa peine, elle entame (volontiers) a capella un extrait de Carmen, et sa fille à côté se tortille un peu honteuse, encore trop jeune pour voir ce que la scène a de savoureux.
Un monsieur à moustache – il ressemble à la marionnette-cafetière – s’agace (pour rire) des galons sur le costume du Sergent Franfrais qui ne correspondent pas au titre annoncé. Lui-même, ancien colonel, (et plus je le regarde, plus je trouve que sa moustache est aussi longue que celle du Colonel Pétard), se met à réciter un vers d’Apollinaire…

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Fin ensoleillée de la première semaine de résidence de la Cie du Chat perplexe.
Les habitants de la Communauté de communes de Montesquieu croisés ont quasiment tous joués avec eux. Le mauvais temps et la superficie du territoire ont parfois rendu difficile la possibilité de la rencontre. Les spectacles ont fait salle comble et j’ai vu les enfants heureux dans les ateliers.
Cette première Grande estafette – du nom que donne le Chat perplexe à ce principe de résidence, fait à la fois d’improvisations, de représentations et d’ateliers avec les enfants – a nécessité l’énergie d’une première expérience, où se mélangent la découverte du territoire et des gens, la vie ensemble (le collectif se rejoint et varie selon les projets), la confrontation entre les idées et le terrain, le sens de l’adaptation et la générosité à chaque instant…

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⇒ Résumé en images (de Morgane)

 

 

épisode 13 : du cercle aux jeux

Café Le Cercle, centre-ville de La Brède.
Discussion avec Estelle sur la compagnie, et le sujet de la médiation. Pour illustrer ce lien qui va-et-vient des gens à la création, elle me parle de leur réalisation artistique au sujet de l’histoire de tailleurs de pierre italiens réfugiés dans un village de La Creuse, un spectacle tout public Le bal des casse-cailloux et Cogner le granit, livre-cd issu de ce travail de mémoire.

Emma, la régisseuse, arrive de son repérage. Elle cherche le lieu idéal pour le bal-spectacle final, le Balbizar. Elle montre aux autres les photos qu’elle a prises : un bois avec un terrain qui penche, la salle des fêtes de Castres… Elle a aussi fait le tour des salles qui accueilleront les prochains spectacles : Les raisons de la colère à Saucats, et La forêt des heures le 31 mars à Saint-Morillon.

Vendredi fin d’après-midi dans la rue centrale de La Brède, il fait déjà nuit, il a plu.
Les commerçants ne savent pas encore qu’ils vont recevoir la visite de la BPRA et des musiciens clandestins. L’intervention chez le chocolatier se termine par les applaudissements des clients, pourtant juste avant, tout le monde semblait un peu impressionné…

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Vendredi soir. Direction Isle Saint Georges, soirée Jeux. Joyeuse ambiance avec la BPRA, les musiciens, et les quelques habitants présents, petits et grands. On danse, on chante. Ensuite, c’est au tour du Chat perplexe de jouer. C’est le thème de la soirée, animée par la bénévole de l’Association des Jeux et de la Culture d’Isle-Saint-Georges. Elle propose des dizaines de jeux de société (qui me sont pour la plupart inconnus). Partie endiablée d’Esquissé ?, fous rires. Dernier soir de résidence pour la troupe. Demain, c’est l’ultime impromptu, et pas des moindres : un stand de CoTEAC au marché de Léognan, l’un des plus vastes de la Communauté de communes.

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⇒Regardez le film réalisé par Morgane : le Mystère du CoTEAC, tentative de le résoudre avec les habitants de la communauté de communes Montesquieu.

 

épisode 12 : pin-pon et balafon

J’assiste pour la première fois à un atelier Musique avec des bébés et des tout-petits. Je suis avec Estelle et Stella, à la Crèche Multi-Accueil EMILE ET ZIME de Martillac.

Nous voici, pieds nus, dans la salle principale, avec une dizaine d’enfants dispersés un peu partout. Estelle et Stella se mêlent à eux, assises au sol, et s’amusent avec les bruits que font les enfants, les répétant et les amplifiant. Elles transforment le moindre bruit en chant : un pin-pon, un grognement, un cri, le babillement, trois mots.
Les enfants restent en arrêt : ils comprennent que quelque chose se passe avec ces visiteuses-chanteuses. Elles utilisent les jouets autour d’elles comme instruments de musique, des boîtes gigognes deviennent des tambourins, ça claque sur le sol, ou les unes contre les autres, elles ajoutent des bruits de bouche, font un son à l’intérieur d’une boîte et imitent un écho qui en sortirait, elles tapent façon tambourin…
Un rythme général se crée, une mélodie s’improvise.

Les enfants commencent à les imiter, d’abord timidement.
C’est très troublant d’observer ces tout-petits, entre 6 mois et trois ans, entrer dans l’invitation sonore (jouer et faire du bruit, quelle heureuse tentation…), de façon mimétique, sans avoir besoin d’une consigne ou d’être guidé. Leur désir de faire pareil leur donne le courage ou l’élan de s’approcher et de communiquer à travers ces gestes ludiques et musicaux.
Estelle et Stella ont sorti quelques instruments, qu’elles posent par terre au milieu des enfants. Elles  jouent d’abord du balafon, c’est un gros xylophone en bois qui produit des sons très ronds.
Estelle s’exclame :

Oh là, ça, t’as vu !

Et à partir de ces mots, elle joue, les sons deviennent un chant rythmique.
Les enfants se rassemblent autour de l’instrument. Pas tous, certains sont encore dans l’observation, mais peu à peu, ils s’approcheront tous. Estelle tape sur les lames de bois du xylophone géant avec des maillets miniatures adaptés aux petites mains. Elle les propose aux enfants pour taper à leur tour. Il y a ceux qui s’en emparent, presque avides. Quelques-uns tapent sur les boîtes gigognes. Il y en a qui hésitent, regardent, essaient.

Ma foi, tout va bien… C’est même plutôt très amusant…

Estelle ajoute au Balafon un grand tambourin, et de douces vibrations sonores s’ajoutent au concert joyeux.

Un petit garçon, avec son lapin-doudou tenu serré au visage, le pouce dans la bouche, reste à distance, dans une position qui le fait ressembler à cet animal, le paresseux, à califourchon sur une structure de bois. Il les regarde, sans bouger, il a l’air heureux, comme fasciné par cette douce folie qui s’empare des autres…

L’heure du goûter approche, Stella accompagne les enfants en chanson et Yukulélé. Elle chante les jolis airs de son spectacle Au pied des pins têtus, que certains enfants ont vu il y a deux jours. Cela donne des scènes qu’on voudrait photographier, de yeux ébahis et de bouches pleines de yaourt. Le petit paresseux au lapin est devant l’étagère aux doudous et sucettes, les enfants doivent les déposer ici avant de rejoindre la table du goûter. Il range son lapin, puis le reprend, se tourne vers le goûter, fait machine arrière, repose sa peluche, regarde un peu son doudou posé dans l’étagère, hésite, soupire, la loi du goûter l’emporte… Et moi, je savoure le plaisir d’être une petite souris.

Estelle s’est glissée dans la pièce des bébés. Ils se réveillent peu à peu. Les assistantes maternelles les tiennent dans leur bras, tout le monde s’installe dans les coussins, sur les tapis de sol, certains bébés sont déjà allongés. Estelle s’allonge à côté et chante avec eux. Leurs babillements inspirent sa mélodie.

AAAAaaaaah Aaaaaaaah AAAaaaaaaaah
Et les bébés se mettent à chanter – à leur façon – à leur tour. Quelque chose d’une communication.

Estelle installe ensuite un bébé sur la peau tendue du tambourin et par le frottement de ses mains, fait vibrer la toile, pour une sorte de massage vibratoire.

L’atmosphère de cet atelier est très doux. Même les passages tam-tam… car l’acoustique est agréable, ce qui n’a pas été toujours le cas, selon les lieux.
Les assistantes maternelles ont l’air de prendre du plaisir à cette parenthèse qui sort de l’ordinaire. On sent qu’elles observent attentivement, elles se réjouissent des réactions des enfants et, autant que moi, s’étonnent des bébés-chanteurs.

Les parents arrivent peu à peu, l’occasion pour Estelle de reprendre son enregistreur et son micro et de dialoguer avec les habitants de Martillac… la désormais fameuse conversation sur la culture et le CoTEAC.

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PS : C’est seulement maintenant, à l’écriture du texte, que je viens de comprendre le jeu de mots du nom de la crèche multi-accueil Émile et Zime. La communauté de communes de Montesquieu est un territoire viticole, le millésime compte…

 

épisode 11 : chemin oublié

Je retrouve une partie de l’équipe du Chat perplexe dans une classe de CE2, de l’école primaire de Saint-d’Eyrans.
La maîtresse fait l’appel pour la cantine. Un à un, les élèves répondent : Je mange, Je mange pas, Je mange, Je mange, Je mange pas…
Remontent avec cette litanie mes propres souvenirs.

Présentation aux enfants, façon mystère, de deux ateliers possibles.
Atelier peinture : avec Morgane et Lucie, sur le thème Il paraît qu’un animal en voie d’apparition est dans l’école… Ce sera l’Atelier Dessinons un CoTEAC.
Gabriel, lui, écrit au tableau IMAGE – MAGIE. C’est l’Atelier d’écriture.
Comme Morgane filme, des autorisations sont signées par les parents. Les enfants posent des questions sur le droit à l’image. De nouvelles explications – la maîtresse l’a déjà fait – s’avèrent pourtant nécessaires : certains ont vent de rumeurs, « Il paraît que si on est filmé, on peut se faire cambrioler… »
L’autre question qui les occupe : « Est-ce qu’on va passer à la télé ? »

Je choisis de suivre l’Atelier d’écriture poétique, avec Gabriel.
Il demande au groupe de prendre stylo préféré et grandes feuilles blanches. Nous allons dans la petite salle lecture, à côté de la classe.
Gabriel – qui s’occupe en plus de sa participation à la troupe du Chat perplexe de la direction Artistique de la Maison des Écritures et des Écritures Transmédia à Clermont-Ferrand – a mis au point plusieurs méthodologies d’ateliers d’écriture, suivant l’âge et le temps imparti. Ici, il commencera par une séance de relaxation, il leur dit ce qui va avoir lieu et pourquoi se relaxer.

« Nous allons faire l’expérience de l’écriture. »

Les enfants, réactifs, (il est 9h du matin) posent des questions, et s’entame une discussion sur les mots créer et inventer. Gabriel leur explique pourquoi il les aide à se détendre avant d’écrire. « Pour imaginer, il faut un espace vide » 

On va se détendre…
Marchez, sans parler, marchez, et puis installez-vous à l’endroit que vous aimez bien dans la pièce, n’importe où, un endroit qui vous plaît.
Vous êtes assis, vous fermez les yeux, et vous regardez un cinéma à l’intérieur de vous, chaque mot compte. …
Les enfants marchent, au rythme doux et hypnotique de la voix de Gabriel, puis ils cherchent leur place dans l’espace de la bibliothèque. Ils sont de plus en plus calmes, et la plupart d’entre eux a l’air de se mettre en condition.
Gabriel leur donne deux mots : chemin – oublié. Il les incite à cette promenade mentale sur ce chemin oublié, comment il est, ce qu’ils y voient, de très près, de très loin…

Les enfants s’essaient au travail du poète : faire venir les images à soi, à l’intérieur.

Cet état de concentration que vous avez atteint est précieux. C‘est un beau travail la création d’une image…

Puis, Gabriel leur demande trois mots pour décrire ce chemin que leur imagination a fabriqué. Les feuilles blanches sont posées devant eux, ils ouvrent les yeux et écrivent trois mots.
Un petit garçon installé sous le lavabo inscrit Je l’ai pas vu. Une petite fille a noté : noir, meilleur ami, perdu. Chaque enfant lit ensuite à voix haute ses mots. Gabriel commente, encourage, souligne une image intéressante ou surprenante, et quand certains mots sont déjà utilisés par un autre, ou trop vagues, la règle veut que l’enfant remplace par un autre mot.

Les enfants recommencent l’exercice « 3 mots » pour une deuxième évocation : train électrique.
L’exercice demande une grande concentration, et d’accepter une certaine solitude. Dans l’ensemble, je les trouve calmes, attentifs. Je suis étonnée de leur sérieux.
Gabriel les accompagne :

C’est bien, c’est un travail d’écrivain que vous faites, de chercher les mots à l’intérieur de vous…

Ensuite, les enfants doivent mélanger les deux séries de mots, en trouvant un rythme. C’est plus difficile. Il faut les aider un peu. Il leur demande de résister à la tentation du récit et d’être davantage dans la sonorité ou de visualiser les mots qui formeraient un dessin…
Le moment de la lecture de chaque poème – deux à trois phrases – est très beau. Chacun écoute l’autre. Les voix sont quelquefois timides, Gabriel les aide à parler plus haut, recommencer, et les bravo donnent des sourires.

Après la récréation, l’atelier se poursuit sur le récit. Il se passe à l’oral, c’est une discussion autour de la fabrication d’une histoire. Gabriel transmet des éléments, un vocabulaire : lieux, personnages, des actions, une fin. Chaque enfant se réfère aux dessins animés et films qu’il aime. Gabriel leur demande de résumer selon ce découpage, certains commencent à raconter toute l’histoire en détails emportés par leur plaisir…

À midi, la classe se recompose.
Nous découvrons l’animal CoTEAC peint par les enfants de l’autre atelier.
Ce vendredi, à la cantine de la CdC Montesquieu, la Cie du Chat perplexe aussi se recompose. Leur première semaine de résidence sur le territoire de la CdC approche de la fin. On sent une légère fatigue, qui ne se laisse apercevoir que dans ces moments off, de coulisses en quelque sorte. Débriefs au sujet des ateliers respectifs : Peinture, Écriture… et Musique, puisque Stella et Estelle étaient, elles, dans une crèche.
C’est mon programme à venir : un après-midi avec des bébés.

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Le travail du poète

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Les poètes regardent toujours par la fenêtre.

 

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Animal CoTEAC en voie d’apparition

 

Souvenirs d’école

épisode 10 : Au bonheur des vendeurs

À la recherche d’un lieu en forêt, pour filmer musiciens et danseurs du Chat perplexe, l’idée est de trouver un endroit silencieux afin d’enregistrer le son en direct. Mais à la campagne, il y a toujours une tronçonneuse qui surgit quelque part…
Tout du moins, le bruit d’une tronçonneuse. Ou d’un train qui passe. Ou d’une machine agricole. Ou d’un outil bruyant. À la campagne, ça bosse en plein air.
Je les regarde de loin danser au milieu des platanes. Manteau rouge et habits noirs et veste bleu. C’est dommage qu’il n’y ait pas de spectateurs pour profiter de cette poésie.

Suite de la journée. De l’autre côté de la forêt, une classe d’école maternelle attend Stella et Olivier avec impatience. J’assiste à l’atelier.
Sur le tapis de sol, les enfants marchent en musique, ainsi que Stella leur a demandé. Quand Olivier arrête l’accordéon, les enfants stoppent leurs mouvements. Après cet échauffement, elle explique et montre, à la ligne de petits spectateurs assis devant elle, les gestes pour la danse à venir.

On va danser comme si on était dans l’eau ou comme si on marchait dans du chewing-gum.

Elle les encourage à utiliser les bras, les genoux, les corps montent et descendent lentement. Elle raconte des histoires pour inciter des mouvements, ramasser des pommes, et pour la danse finale collective : On fait de la compote !
Stella remarque que les enfants sont plus attentifs depuis que la musique est jouée live.

Changement d’ambiance pour la suite de la journée : les commerces de La Brède vont recevoir la visite de la BPRA ! Voilà dans les rues de la commune, les marionnettes-gendarmes, l’accordéoniste et la chanteuse, Estelle au micro pour enregistrer les paroles des commerçants et continuer d’explorer le CoTEAC, et Morgane à la caméra.
Et, puisqu’on le verra sur les images, moi-même devenue un peu personnage puisque le Chat perplexe m’a trouvé un surnom dans le style des leurs : Call me Simone de Bienvoir, je prends mes notes dans toutes les situations. Allant parfois jusqu’à devenir figurante-danseuse, j’ai fini par apprendre (un peu) la mazurka.

Dans la vie, on ne peut pas rester sans danser.

 

Bienvenue dans une des boucheries de La Brède.
Le boucher  rassure son client, un peu effrayé par ce ramdam
: « T’inquiète pas tout va bien ! Tu vas voir, c’est marrant ce truc ! « 
Il accompagnera même discrètement Stella en chantonnant avec elle L’amant de Saint-Jean. À son tour, comme la pharmacienne, il joue le jeu du CoTEAC dont il donne la recette façon pot-au-feu. Pendant ce temps, l’apprenti a enfilé sa côte de maille et découpe un énorme morceau.
À la fromagerie, il y a d’abord un flottement. Les gendarmes-marionnettes paradent, et font leur show préventif. Dans le magasin, le client et les vendeurs font comme si de rien n’était. Avant que n’entrent les musiciens, je me dis que Ça ne prend pas ici. À la place d’Olivier et Stella, je n’oserai pas entrer… Et puis, contre toute attente, dès les premières notes de musique, des sourires apparaissent… Le fromager constate à la fin : « C’est dommage qu’il n’y ait pas grand monde, parce que c’est très joli, c’est une belle interprétation. »
Il me semble que ce choix de jouer et chanter des morceaux connus favorise un lien direct avec les gens, un partage immédiat. L’impromptu ne dure pas longtemps, il faut pouvoir créer un contact presque spontanément dans un contexte peu favorable…
À son tour, le fromager joue et rit, alors que je le croyais si fermé au début de l’intervention. et le voilà qui vend lui aussi des sachets de CoTEAC devant la caméra de Morgane.
Estelle lui explique le principe de cette rencontre.
Il répond :

« La culture, je n’en ai pas, je suis inculte, pourtant j’aime bien ça, mais j’ai pas le temps… »

 

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Episode 9 : Réfléchir et danser toujours

Je commence encore ma journée au son de l’accordéon. Cette fois, Olivier joue assis dans un canapé. Matin au gîte. Je viens les rejoindre pour la matinée « brainstorming ».

La troupe s’est installée – où elle a trouvé – pour la semaine, à Ayguemorte-les-Graves. Le lieu n’est pas idéal, les 8 comédiens-musiciens y sont à l’étroit. Cela fait partie des détails qui n’en sont pas dans le cadre de présence dans la durée d’artistes sur un territoire comme la CDC Montesquieu, large et rurale : où se loger ?

Donc, dans le salon-dortoir, Olivier et Lucie s’échauffent en musique.
Les questions du matin sont de cet ordre : Comment intégrer la fiction au réel ?
J’accepte le café.
La brigade des marionnettes déambule sur le territoire en même temps que la Compagnie intervient sous différentes formes. La brigade appartient à une histoire précise : l’histoire du Balbizar, ce bal qui aura lieu au mois de Juin. Marionnettes et bal clandestin forment un ensemble que La Cie du Chat perplexe décline habituellement dans un espace-temps resserré. La fiction du Balbizar – avec le concours de la presse locale – s’est déployée dans les villes ou villages où ils ont déjà joué ce spectacle participatif festif. Ici, c’est plus complexe.
Comment faire le lien entre la fiction du Balbizar, les gendarmes, les impromptus, les ateliers, les représentations entre décembre 2017 et juin 2018 ?

La question de la communication : Comment s’adresser aux gens ? Surtout quand il y a tant de choses à raconter ? Où sont les gens ? Comment les toucher ?

Je pense à l’enjeu de ma propre mission d’écriture, et ce souhait des institutions quand je demandais Qui est le destinataire de cette trace écrite ? On me répondait le grand public.
Souhait logique et louable, puisqu’il y a souvent ce déficit : le grand public ne sait pas, et parfois ne mesure pas, toutes ces actions qui ont lieu. Le désir de s’adresser au plus grand nombre quand il s’agit d’expliquer ce que la collectivité met en place me paraît légitime. Mais ce plus grand nombre m’apparaît comme une entité abstraite…

On se demande donc et Comment.
On en arrive aux médias. Quels journaux ? La radio ? La télé ? Mais localement, comment faire ?
Viennent parfois, à ce moment-là des réflexions, les batailles Écrit VS Images, et puis le temps que personne n’a plus, ni pour lire ni pour regarder…
Finalement, la cie du Chat perplexe fait son bonhomme de chemin, d’ateliers en rencontres sur le marché (quand il y a des gens à y rencontrer !), de commerçants en discussions sur un bout de trottoir. Travail de fourmi,  fait de présence physique.

Ce midi, nous déjeunons à la cantine de la Technopole Montesquieu où se trouve les bureaux de la CdC Montesquieu. Il est prévu un impromptu. Nadège, responsable du Pôle Vie locale, nous reçoit comme à chaque fois, s’assure que tout se passe bien.  Pour l’instant, c’est elle qui fait le lien.
Pas grand monde à la cantine, impromptu un peu périlleux. Pourtant, gendarmes et musiciens parviennent à organiser une réclamation de CoTEAC, ambiance réfectoire, les couverts tapés sur les tables en rythme d’un On veut du CoTEAC !
Je regarde avec admiration les petits courages qu’il faut pour se jeter dans l’espace public comme sur une scène, interrompre la vie des gens sur l’air d’une fantaisie imprévue.

La mazurka du jour sera donc dansée au milieu de la cantine…
Avant de repartir pour les ateliers et les aventures dans la communauté de communes, une séance de photos s’organise.
J’en profite pour discuter avec Stella de son spectacle Au pied des pins têtus.

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Épisode 8 : Sophie, pharmacie et poésie.

La bibliothèque de Saint-Médard d’Eyrans nous sert de refuge en ce début d’après-midi.
Sophie Heraud, la bibliothécaire, et coordinatrice des projets culturels de la ville, répond à quelques questions pour les besoins du film réalisé par Morgane. À  la place du mot livre, Sophie utilise – volontiers – à son tour le mot CoTEAC.
« Les gens aiment bien les CoTEAC policiers »
« Les bébés aussi aiment les CoTEAC, plutôt cartonnés parce que les CoTEAC c’est fragile.
Vous voyez  ici, tous les CoTEAC serrés dans les bacs… Il y en a environ 5000 en tout… »

Nous partons ensuite, direction Saint-Selve. Petit tour. Rien n’est ouvert, il est trop tôt.
Saint-Morillon. Là encore, il n’y a pas foule. La pluie et le début d’après-midi. Par là, il y a de la lumière… La pharmacie est ouverte.
Sur le parking, la troupe répète : On fait ça, après tac tac, et puis hop, gna gna gna CoTEAC, ensuite musique… et les gendarmes restent… on danse…

C’est parti. La pharmacienne est vite rejointe par ses collègues qui ne s’étonnent pas qu’un duo de marionnettes géantes viennent à leur propre comptoir leur expliquer comment rester en bonne santé…
Un client, le bras en écharpe, attend patiemment que les gendarmes aient fait leur numéro. Pendant qu’il se fait servir, Olivier entre à son tour et commence la Mazurka à l’accordéon. La pharmacie est calme, nous dansons doucement.
Comme avec Sophie la bibliothécaire, Estelle commence l’interview CoTEAC. La pharmacienne se prend au jeu, C’est très surprenant de voir la facilité avec laquelle certains habitants s’embarquent dans cette histoire. On dirait que les gens n’attendent que le grain de sable dans leur journée, une brèche, un espace libre pour se mettre à jouer !
On dirait qu’on vendrait du CoTEAC : et voilà la pharmacienne qui vend ses flacons de médicament CoTEAC anti-sécheresse culturelle. Elle improvise brillamment au micro d’Estelle et devant la caméra de Morgane, ses collègues s’amusent.
À chaque fois, l’impromptu est suivi d’une présentation-explication du Contrat d’actions artistiques et culturelles, le fameux CoTEAC, pourquoi la présence du Chat perplexe sur la Communauté de Communes, les dates des représentations, leurs interventions en plusieurs périodes, le Balbizar où tous les habitants du territoire seront conviés en juin…

Dans le chemin du Château Villa Bel Air, avec la longue perspective dessinée par l’allée d’immenses platanes, Morgane filme quelques images d’une mazurka abandonnée…

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Retour à la bibliothèque. Marionnettes-gendarmes et accordéon. Olivier adore l’acoustique de la bibliothèque, les livres y sont sûrement pour quelque chose. Tout le monde danse Scottish, puis Mazurka… Ce moment a quelque chose d’une scène de film, un peu Jacques Tati.
Au savoureux questionnaire de Gabriel, la dame avec son bébé sur les genoux dit : « On serait tous un peu poète si on se laissait la place… » 
Lire toutes les questions et y répondre, ici-même.

L’heure approche de la représentation de 18h : Stella est déjà en costume. La salle des fêtes de Saint-Médard d’Eyrans se prépare à accueillir la deuxième représentation du spectacle Au pied des pins têtus.
Les autres installent les verres de vers et les jus d’orange qui seront offerts après le spectacle, aux enfants et aux parents. Les marionnettes feront la dernière intervention du jour. Ça donne une fébrilité dans la salle des fêtes, les gendarmes répètent dans un coin, chacun se chauffe et se réchauffe.
Stella, en ciré jaune, chantonne : On a tous en nous quelque chose de Tennessee…

Les enfants arrivent avec leurs parents. Cette fois encore, c’est complet.
Après la représentation, Estelle invite le public à se rassembler autour de ce verre de vers (et contrairement à ce que disent nos gendarmes-cafetières, la poésie se boit sans modération). Là aussi, les échanges se passent autour du CoTEAC, de la culture et de l’art.

J’imagine, en regardant Stella ranger sa canne à pèche et son décor d’étang… s’il y avait des centaines d’artistes lâchés en liberté sur tout le territoire. Ça ferait des tas de grains de sable, de beauté et de folie.

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Estelle, Lucie, Olivier – Cie Le Chat Perplexe