épisode 25 : sur le chemin des écoliers

La troisième semaine de résidence du Chat perplexe sur la Communauté de communes de Montesquieu commence à Beautiran, le 27 mars à 9h30, dans une classe de CE1-CE2. La brigade de prévention des risques artistiques fait son grand retour. En même temps, la bande du Chat perplexe s’est étoffée de Jean, un musicien guitariste, de Nico un autre musicien, et de Camille, danseuse. Pendant que les marionnettes font leur numéro dans une classe, Jean se trompe et sonne dans la classe d’à côté. La maitresse ouvre et dit en souriant :
« C’est l’autre, à gauche. Mais on aimerait bien que ça soit nous… »
Jean entre dans la classe de Mme Brossard, devant les enfants, les yeux ronds, et leurs rires déjà, après les marionnettes, voilà encore des inconnus qui débarquent.
– Ils sont partis ?
– Oui !
– Il s’en passe des choses dans cette classe !
– C’est vrai,
dit une petite fille, on ne s’attendait pas à ça ce matin…

Pendant que  Jean reste avec la classe, j’accompagne Stella, Camille et Morgane pour une opération Urgence Temps morts : direction les salles d’attente des communes environnantes.
Pour les artistes, dans ce type d’interventions auprès des habitants, la voiture devient une salle de répétition et une loge pour enfiler son costume. Nous sommes sur un parking, dans le centre de La Brède. Depuis ce matin, ciel gris et pluviotte. Je leur dis « vous allez fini par croire qu’il fait toujours moche ici », car il faut bien avouer, chaque semaine de résidence a commencé sous la pluie…
Le principe de l’opération Urgence Temps morts, c’est de trouver des gens qui attendent pour leur offrir un temps bien plus heureux, de musique ou de danse ou de poésie. Mais il va se passer quelque chose d’imprévu : il n’y a personne dans aucune salle d’attente. Nous faisons une sorte d’expérience du vide.

On réfléchit – la voiture est aussi une salle de réactions -. L’organisation des rendez-vous a changé. Par exemple, à la mairie de La Brède, la dame à l’accueil dit au Monsieur qui vient pour un RDV : Allez sur Internet et prenez RDV sur le créneau qui vous convient.
De salle d’attente de dentiste, en vétérinaire, en ostéopathe, même en salon de coiffure, même à la Poste, le mardi matin personne n’attend à La Brède. Tentative – audacieuse – à la Banque, où deux ou trois personnes patientent. Stella joue un air au Ukululé et Camille danse, improvisant devant le guichet automatique. Le directeur intervient : On ne peut pas faire ça ici. On s’en doutait…
Sur le retour, l’ambiance est un peu plombée, être bredouille à ce point, et puis toute cette pluie…

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salledattentevide©morganeDefaix
illustrations©MorganeDefaix

Plus tard nous voilà tous en camion, et le Chat perplexe n’a pas dit son dernier mot. Jean, Nicolas, et toutes les filles se mettent à chanter Le lundi au soleil
En route pour Beautiran, dans une autre classe, CE1-CE2, tous les enfants dans la cour accompagnent les marionnettes jusqu’à la classe de Nelly. Je vais assister à cet atelier.

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Pétard et Fanfrais font leur numéro devant les sourires heureux des enfants. Quand Jean arrive à son tour, une fois les marionnettes partis, il s’adresse aux enfants : Bonjour les amis.
Les enfants ont repéré la guitare, et en référence aux dialogues de la brigade qui les prévient de se méfier des musiciens :
– Ils ont dit de t’envoyer valser !

Mais personne dans la classe n’a envie de faire partir Jean le musicien… Il leur explique que cet après-midi va être l’occasion d’inventer une chanson. Qu’ils chanteront, s’ils sont d’accord, lors du futur spectacle participatif, joué le 28 juin par l’ensemble de la cie Le chat perplexe à Castres (ici en Gironde) : Le Balbizar.
Les enfants commentent et installent la salle de classe pour faire ensemble les textes et la musique. Ils parlent avec Jean de ce que les gendarmes-marionnettes ont dit. – Vous avez envie d’obéir à ces règles idiotes ? – Non !!!
– On obéit aux règles que donne la maîtresse parce que ce sont des règles pour apprendre à grandir, mais les règles qui disent qu’il ne faut pas faire de musique, non.

Les enfants forment un cercle, chacun dit son prénom, puis moi, puis Lisa (coordinatrice sur ce projet au sein de la communauté de communes et qui assiste à l’atelier). Une petite fille dit en me regardant : Ma maman aussi elle s’appelle Sophie.
Jean commence par un peu de relaxation : tout le monde est attentif.
Être bien sur ses deux pieds, les épaules à relâcher, le réveil du corps, la tête penchée… On soupire. On s’étire en baillant.  Avoir le corps détendu pour chanter…
Tout le monde fait des petits bourdonnements en se massant le visage. Bouche fermée, le son de la sirène qui monte. Puis avec un la, un lo, un li, loup, ri, ru, rou, bbbbb, bonbonbon… Toute une série de petits gestes pour se préparer sérieusement au chant.
Ensuite, il les entraîne à faire un son unique, chante un mi, ajoute des notes, les enfants reprennent, répètent. Jean prend la guitare et joue un peu. Ça fait du bien, dit une petite voix. Je sens qu’ils sont un peu impressionnés.
Tout le monde est assis. Jean explique la Cie du Chat perplexe, les spectacles qu’ils vont jouer cette semaine, et que les enfants verront,

le plaisir de danser et de chanter, et tout ça, c’est comme ouvrir des fenêtres.

Jean va écrire les phrases et les mots que les enfants proposent. C’est l’étape « Remuer son imaginaire ».
Il encourage : « Oui cette phrase, on pourrait l’entendre dans une poésie ». Un enfant propose Tourne, tourne petite étoile. Il le redit en italien. Leur explique qu’il est né en Italie, alors que dans sa tête il traduit tout. Un enfant dit Belle lune, ça lui rappelle une chanson, il reprend la guitare, et leur joue un petit morceau.
Le tableau se remplit de mots. Un enfant propose La luance de mon enfance. Personne ne connaît ce mot, il est noté avec les autres.
Pendant le petit temps de récréation, Jean reste dans la classe. Il cherche une mélodie, la guitare se mélange au bruit des enfants dans la cour. C’est très doux d’être là, assise dans une classe de CE1-CE2, comme dans une bulle, à l’écart de la vie normale.

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À partir de toutes ces phrases et mots du tableau, un premier couplet est construit :
La pluie s’envole l’oiseau
Chante mon ami mon cœur
Dans le paradis cruel
La musique est ton chemin

Au retour, une petite fille propose un air qui aidera à construire la mélodie. Les premières tentatives de chanson se font, on ajuste, on reprend. Les enfants sont dans une très grande application. Nelly, la maîtresse, participe avec eux.
Quand ils chantent tous ensemble sérieusement pour la première fois, accompagnés avec la guitare de Jean, l’unisson est très beau, et l’émotion palpable.

Tourne tourne petite étoile
Il pleut dans les nuages
Le reflet du sable rond
Danse et chante avec nous

Nicolas est présent, il enregistre la mélodie, pour garder en mémoire. Ils pourront ainsi s’entraîner avec la maîtresse. Fin juin, il y aura une grande répétition… et « On sera fin prêt pour le spectacle ! »
À la sortie de l’école, cet après-midi là, Jean a échangé sa guitare contre la scie musicale. Il en joue quelques instants pendant que les enfants sortent accompagnés des parents. Camille danse à côté de lui, selon les mouvements de l’archet.

La petite voix tout à l’heure avait raison : Ça fait du bien…

 

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