épisode 12 : pin-pon et balafon

J’assiste pour la première fois à un atelier Musique avec des bébés et des tout-petits. Je suis avec Estelle et Stella, à la Crèche Multi-Accueil EMILE ET ZIME de Martillac.

Nous voici, pieds nus, dans la salle principale, avec une dizaine d’enfants dispersés un peu partout. Estelle et Stella se mêlent à eux, assises au sol, et s’amusent avec les bruits que font les enfants, les répétant et les amplifiant. Elles transforment le moindre bruit en chant : un pin-pon, un grognement, un cri, le babillement, trois mots.
Les enfants restent en arrêt : ils comprennent que quelque chose se passe avec ces visiteuses-chanteuses. Elles utilisent les jouets autour d’elles comme instruments de musique, des boîtes gigognes deviennent des tambourins, ça claque sur le sol, ou les unes contre les autres, elles ajoutent des bruits de bouche, font un son à l’intérieur d’une boîte et imitent un écho qui en sortirait, elles tapent façon tambourin…
Un rythme général se crée, une mélodie s’improvise.

Les enfants commencent à les imiter, d’abord timidement.
C’est très troublant d’observer ces tout-petits, entre 6 mois et trois ans, entrer dans l’invitation sonore (jouer et faire du bruit, quelle heureuse tentation…), de façon mimétique, sans avoir besoin d’une consigne ou d’être guidé. Leur désir de faire pareil leur donne le courage ou l’élan de s’approcher et de communiquer à travers ces gestes ludiques et musicaux.
Estelle et Stella ont sorti quelques instruments, qu’elles posent par terre au milieu des enfants. Elles  jouent d’abord du balafon, c’est un gros xylophone en bois qui produit des sons très ronds.
Estelle s’exclame :

Oh là, ça, t’as vu !

Et à partir de ces mots, elle joue, les sons deviennent un chant rythmique.
Les enfants se rassemblent autour de l’instrument. Pas tous, certains sont encore dans l’observation, mais peu à peu, ils s’approcheront tous. Estelle tape sur les lames de bois du xylophone géant avec des maillets miniatures adaptés aux petites mains. Elle les propose aux enfants pour taper à leur tour. Il y a ceux qui s’en emparent, presque avides. Quelques-uns tapent sur les boîtes gigognes. Il y en a qui hésitent, regardent, essaient.

Ma foi, tout va bien… C’est même plutôt très amusant…

Estelle ajoute au Balafon un grand tambourin, et de douces vibrations sonores s’ajoutent au concert joyeux.

Un petit garçon, avec son lapin-doudou tenu serré au visage, le pouce dans la bouche, reste à distance, dans une position qui le fait ressembler à cet animal, le paresseux, à califourchon sur une structure de bois. Il les regarde, sans bouger, il a l’air heureux, comme fasciné par cette douce folie qui s’empare des autres…

L’heure du goûter approche, Stella accompagne les enfants en chanson et Yukulélé. Elle chante les jolis airs de son spectacle Au pied des pins têtus, que certains enfants ont vu il y a deux jours. Cela donne des scènes qu’on voudrait photographier, de yeux ébahis et de bouches pleines de yaourt. Le petit paresseux au lapin est devant l’étagère aux doudous et sucettes, les enfants doivent les déposer ici avant de rejoindre la table du goûter. Il range son lapin, puis le reprend, se tourne vers le goûter, fait machine arrière, repose sa peluche, regarde un peu son doudou posé dans l’étagère, hésite, soupire, la loi du goûter l’emporte… Et moi, je savoure le plaisir d’être une petite souris.

Estelle s’est glissée dans la pièce des bébés. Ils se réveillent peu à peu. Les assistantes maternelles les tiennent dans leur bras, tout le monde s’installe dans les coussins, sur les tapis de sol, certains bébés sont déjà allongés. Estelle s’allonge à côté et chante avec eux. Leurs babillements inspirent sa mélodie.

AAAAaaaaah Aaaaaaaah AAAaaaaaaaah
Et les bébés se mettent à chanter – à leur façon – à leur tour. Quelque chose d’une communication.

Estelle installe ensuite un bébé sur la peau tendue du tambourin et par le frottement de ses mains, fait vibrer la toile, pour une sorte de massage vibratoire.

L’atmosphère de cet atelier est très doux. Même les passages tam-tam… car l’acoustique est agréable, ce qui n’a pas été toujours le cas, selon les lieux.
Les assistantes maternelles ont l’air de prendre du plaisir à cette parenthèse qui sort de l’ordinaire. On sent qu’elles observent attentivement, elles se réjouissent des réactions des enfants et, autant que moi, s’étonnent des bébés-chanteurs.

Les parents arrivent peu à peu, l’occasion pour Estelle de reprendre son enregistreur et son micro et de dialoguer avec les habitants de Martillac… la désormais fameuse conversation sur la culture et le CoTEAC.

à suivre / Lire l’épisode précédent / Lire depuis le début / Lire l’épisode suivant

PS : C’est seulement maintenant, à l’écriture du texte, que je viens de comprendre le jeu de mots du nom de la crèche multi-accueil Émile et Zime. La communauté de communes de Montesquieu est un territoire viticole, le millésime compte…

 

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