épisode 11 : chemin oublié

Je retrouve une partie de l’équipe du Chat perplexe dans une classe de CE2, de l’école primaire de Saint-d’Eyrans.
La maîtresse fait l’appel pour la cantine. Un à un, les élèves répondent : Je mange, Je mange pas, Je mange, Je mange, Je mange pas…
Remontent avec cette litanie mes propres souvenirs.

Présentation aux enfants, façon mystère, de deux ateliers possibles.
Atelier peinture : avec Morgane et Lucie, sur le thème Il paraît qu’un animal en voie d’apparition est dans l’école… Ce sera l’Atelier Dessinons un CoTEAC.
Gabriel, lui, écrit au tableau IMAGE – MAGIE. C’est l’Atelier d’écriture.
Comme Morgane filme, des autorisations sont signées par les parents. Les enfants posent des questions sur le droit à l’image. De nouvelles explications – la maîtresse l’a déjà fait – s’avèrent pourtant nécessaires : certains ont vent de rumeurs, « Il paraît que si on est filmé, on peut se faire cambrioler… »
L’autre question qui les occupe : « Est-ce qu’on va passer à la télé ? »

Je choisis de suivre l’Atelier d’écriture poétique, avec Gabriel.
Il demande au groupe de prendre stylo préféré et grandes feuilles blanches. Nous allons dans la petite salle lecture, à côté de la classe.
Gabriel – qui s’occupe en plus de sa participation à la troupe du Chat perplexe de la direction Artistique de la Maison des Écritures et des Écritures Transmédia à Clermont-Ferrand – a mis au point plusieurs méthodologies d’ateliers d’écriture, suivant l’âge et le temps imparti. Ici, il commencera par une séance de relaxation, il leur dit ce qui va avoir lieu et pourquoi se relaxer.

« Nous allons faire l’expérience de l’écriture. »

Les enfants, réactifs, (il est 9h du matin) posent des questions, et s’entame une discussion sur les mots créer et inventer. Gabriel leur explique pourquoi il les aide à se détendre avant d’écrire. « Pour imaginer, il faut un espace vide » 

On va se détendre…
Marchez, sans parler, marchez, et puis installez-vous à l’endroit que vous aimez bien dans la pièce, n’importe où, un endroit qui vous plaît.
Vous êtes assis, vous fermez les yeux, et vous regardez un cinéma à l’intérieur de vous, chaque mot compte. …
Les enfants marchent, au rythme doux et hypnotique de la voix de Gabriel, puis ils cherchent leur place dans l’espace de la bibliothèque. Ils sont de plus en plus calmes, et la plupart d’entre eux a l’air de se mettre en condition.
Gabriel leur donne deux mots : chemin – oublié. Il les incite à cette promenade mentale sur ce chemin oublié, comment il est, ce qu’ils y voient, de très près, de très loin…

Les enfants s’essaient au travail du poète : faire venir les images à soi, à l’intérieur.

Cet état de concentration que vous avez atteint est précieux. C‘est un beau travail la création d’une image…

Puis, Gabriel leur demande trois mots pour décrire ce chemin que leur imagination a fabriqué. Les feuilles blanches sont posées devant eux, ils ouvrent les yeux et écrivent trois mots.
Un petit garçon installé sous le lavabo inscrit Je l’ai pas vu. Une petite fille a noté : noir, meilleur ami, perdu. Chaque enfant lit ensuite à voix haute ses mots. Gabriel commente, encourage, souligne une image intéressante ou surprenante, et quand certains mots sont déjà utilisés par un autre, ou trop vagues, la règle veut que l’enfant remplace par un autre mot.

Les enfants recommencent l’exercice « 3 mots » pour une deuxième évocation : train électrique.
L’exercice demande une grande concentration, et d’accepter une certaine solitude. Dans l’ensemble, je les trouve calmes, attentifs. Je suis étonnée de leur sérieux.
Gabriel les accompagne :

C’est bien, c’est un travail d’écrivain que vous faites, de chercher les mots à l’intérieur de vous…

Ensuite, les enfants doivent mélanger les deux séries de mots, en trouvant un rythme. C’est plus difficile. Il faut les aider un peu. Il leur demande de résister à la tentation du récit et d’être davantage dans la sonorité ou de visualiser les mots qui formeraient un dessin…
Le moment de la lecture de chaque poème – deux à trois phrases – est très beau. Chacun écoute l’autre. Les voix sont quelquefois timides, Gabriel les aide à parler plus haut, recommencer, et les bravo donnent des sourires.

Après la récréation, l’atelier se poursuit sur le récit. Il se passe à l’oral, c’est une discussion autour de la fabrication d’une histoire. Gabriel transmet des éléments, un vocabulaire : lieux, personnages, des actions, une fin. Chaque enfant se réfère aux dessins animés et films qu’il aime. Gabriel leur demande de résumer selon ce découpage, certains commencent à raconter toute l’histoire en détails emportés par leur plaisir…

À midi, la classe se recompose.
Nous découvrons l’animal CoTEAC peint par les enfants de l’autre atelier.
Ce vendredi, à la cantine de la CdC Montesquieu, la Cie du Chat perplexe aussi se recompose. Leur première semaine de résidence sur le territoire de la CdC approche de la fin. On sent une légère fatigue, qui ne se laisse apercevoir que dans ces moments off, de coulisses en quelque sorte. Débriefs au sujet des ateliers respectifs : Peinture, Écriture… et Musique, puisque Stella et Estelle étaient, elles, dans une crèche.
C’est mon programme à venir : un après-midi avec des bébés.

à suivre / Lire l’épisode précédent / Lire depuis le début / Lire l’épisode suivant

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Le travail du poète
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Les poètes regardent toujours par la fenêtre.

 

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Animal CoTEAC en voie d’apparition

 

Souvenirs d’école

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