Episode 7 : C’est pas le fond, c’est la forme.

Ce mercredi matin, Gare de Beautiran. J’entends les premières notes de la Mazurka dès la descente du train. Je retrouve la Cie du Chat perplexe, et je pense Enfin des  sourires. Ni tram, ni train n’ont fait du bien à personne ce matin, les visages fermés du quotidien.

Alors, encore plus, l’instant est très poétique, ce quai de gare, la lumière orangée et le brouillard, des voyageurs-silhouettes, l’accordéon et la clarinette, un couple de danseurs.
On dirait une scène de film.
Je me demande ce que les gens pensent.

J’annonce que Johnny Halliday est mort. Olivier s’essaie à quelques notes de Que je t’aime sur son accordéon.  Les gendarmes-marionnettes débarquent soudain du haut de la passerelle. Intervention de la Brigade de Prévention des Risques Artistiques : ils déclinent les interdits, la musique est dangereuse, la poésie aussi.
La troupe continue son jeu, le train n’arrivant pas…
Gabriel a troqué le costume de gendarme pour celui du troubadour : il déclame au porte-voix quelques poèmes. Le jour est un reste de regard… dit-il aux voyageurs dans la brume.
Pendant ce temps, de l’autre côté du quai, Morgane filme et à côté de nous, un homme, d’une quarantaine d’années, s’avance et nous explique qu’il travaille à la SNCF – mais là, non, il n’est pas en service – et Tout ça, c’est interdit ! C’est dangereux de faire de ce que vous faites.
On essaie de détendre les choses, lui signale que les gendarmes sont venus le signifier en effet, qu’il se rappelle d’un jeu…

Le train attendu ne vient pas, en raison d’un malaise cardiaque à la gare précédente. Il fait froid, on entre dans la gare de Beautiran, il y a du monde.
Le monsieur continue : Vous n’avez pas le droit, pas le droit d’interroger la personne au guichet – Gabriel voudrait lui acheter un billet pour aller à CoTEAC -, Je vous explique les règles, Moi j’ai plutôt apprécié mais là ça dure ça dure c’est pas possible de faire ça.
Il répète Si ma chef était là… Il se met en colère quand on essaie de lui demander Pourquoi il trouve ça dangereux ? Pourquoi interdire la musique ? Quelle différence entre ces voyageurs lassés d’attendre qui écoutent la musique dans leurs oreillettes et cette musique jouée en vrai ?
Il répond : C’est pas le fond, c’est la forme…

Le monsieur de la SNCF qui ne travaillait pas ce jour-là se faisait plus menaçant qu’une marionnette-gendarme, faisait se rejoindre la fiction et la réalité, faisait preuve de zèle et du sentiment d’importance. Une drôle d’impression de machine froide.
La Cie du Chat perplexe n’étant pas là pour semer la discorde, elle a choisi de stopper l’impromptu et a laissé filer l’employé modèle, les voyageurs, et le train qui arrivait enfin. Gabriel est revenu acheter au guichet un billet pour CoTEAC, que le caissier lui a vendu « pour de faux », en se marrant.

Passons à la suite du programme : impromptus chez les commerçants.
On entrera où la liste des courses nous mènera : des écrous, une pince, des piles, du beurre, du miel et du fromage.
Au magasin de bricolage, au rayon Protection, Olivier joue de l’accordéon, les employés font comme si de rien n’était et continuent la mise en place. Le responsable arrive : il faut partir !
Au supermarché, aucun souci, on peut danser au milieu des fruits et légumes. Une dame écoute pensivement la musique d’Olivier. On danse une mazurka devant les côtelettes et la charcuterie. Une autre dame dit Que c’est bien cette musique parce que c’est tellement ennuyeux de faire des commissions…
Désormais, les marionnettes entrent en scène en premier. C’est le constat fait par la troupe, que cette arrivée déjantée de la BPRA place d’emblée dans le jeu, dans le théâtre. Et les musiciens sont ainsi mieux accueillis, sans méfiance.

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Retour à la salle des fêtes de Saint-Médard d’Eyrans. Stella s’apprête à jouer la deuxième représentation de son spectacle jeune public Au pied des pins têtus. Elle le jouera trois fois aujourd’hui : à 9h devant 2 classes de maternelle, et la crèche de Martillac. À 11h, 2 autres classes de maternelle et le MultiAccueil de Saint-Médard. Ce soir à 18h, ce sera ouvert au public : enfants et parents. Tout est complet.
La place est gratuite, cela fait partie de la mission des artistes sur ce projet : jouer leurs spectacles.

10h46. De l’intérieur de la salle, on entend les enfants impatients.
Stella a mis son costume, la salle est presque dans le noir. L’excitation monte dans le hall. Stella les accueille elle-même, fait le silence. Il faut organiser l’entrée des petits spectateurs, enlever leurs manteaux, les ranger, placer les enfants. Avec Emma, elle les font entrer et assoir, 10 par 10, c’est presque une chorégraphie.
Pendant le spectacle, les Oh ! les Ah !, les rires, les commentaires, celui qui imite, ceux qui dodelinent de la tête en musique, les Whaow devant le ballet des formes aimantées que Stella actionne un peu magicienne, certains ont envie de danser… et en partant, font un petit câlin à l’artiste.

Stella est heureuse, du spectacle, de ce qui a eu lieu avec les enfants.

Nous partons déjeuner à la cantine de l’école. On est accompagné de Sophie, la bibliothécaire, et qui s’occupe de faire le lien pour les projets culturels  qui se déroulent à Saint-Médard. On passe une partie de l’après-midi avec elle.

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